Rencontre avec Patricia Molinaro, artiste peintre à Marseille

C’est pendant l’une de ces belles journées, de celles qui nous font sentir que l’été approche, lorsque la chaleur chauffe notre peau et que le soleil est seul maître dans le ciel, que je me suis rendue à Marseille. Je retrouvais Patricia Molinaro, dit PATMOLI, cette artiste peintre de Marseille haute en couleurs, étincelante, si souriante. J’ai eu la chance de pénétrer dans son intimité, chez elle, là où elle peint, là où elle expose. Un lieu aux couleurs de cette artiste. Tout, ici, porte la marque de PATMOLI. Les tableaux sur les murs, le mobilier, les draps sur le lit, les tableaux sur les chevalets, les sculptures sur les guéridons et sur la cheminée, et même la peinture sur la porte d’entrée…

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♦ PATMOLI, tu rentres tout juste de Tokyo, où nous pouvons actuellement voir certaines de tes oeuvres. Exposes-tu souvent à l’étranger ?

L’année dernière, j’ai fait plusieurs expositions à l’étranger : Miami, la Corée, Londres également… Je profite de cela pour voyager, je trouve ça chouette de faire des voyages professionnels, de voir comment les choses se passent là-bas.

Je fais également beaucoup d’expositions en galerie à Paris, et des salons comme « Art Capital » au Grand Palais avec des artistes indépendants. Et puis de contact en contact… certains galeristes nous contactent. Si on ne sort pas on ne risque pas de se faire remarquer ! Les salons, comme le SIAC de Marseille, permettent également aux artisans peintre de Marseille de rencontrer des personnes qui achètent sur l’instant ou plus tard… D’ailleurs, ceux qui aiment ton travail aiment te revoir, voir que tu continues… qu’ils soient acheteurs ou non ! Ces personnes te suivent, c’est une sorte de fidélité. En te suivant, ils se rendent compte que tu ne fais pas ça le dimanche. Aujourd’hui, je suis totalement investie dans l’Art, parce que cela demande du travail et du temps.

Je ne donne plus de cours comme j’ai pu le faire durant dix années. J’avais mon atelier à Fréjus et j’enseignais à des adultes mais aussi à des enfants. Je donnais des cours de peinture, de sculpture, de terre, de mosaïque… à peut-être tous les supports en Arts plastique.

Avant cela, j’étais infographiste en animation, dans les films et la vidéo. Mais, en travaillant sur un ordinateur, je ressentais une frustration. Une frustration de ne pas pouvoir toucher la matière. En travaillant sur ordinateur et nous pouvons effectivement imprimer à volonté une oeuvre, mais il n’y a pas ce plaisir que de toucher la matière… être dans la matière. Pour d’ailleurs pour cela que je travaille mes œuvres par couches : j’ai ce besoin d’être dans la matière, de travailler la lumière, de jouer avec la matière… il y a là une sensualité… et le geste ! J’ai envie de travailler en grand car j’ai ce geste. Mon geste.

Quand on me demande combien de temps j’ai mis, je réponds « 20 ans ! »

J’ai mis 20 ans pour avoir un geste… j’ai dessiné des centaines de nus, de croquis, de nature morte… C’est comme un artisan…

Patricia Molinaro

Patricia Molinaro

 

♦ Justement, ton geste représente souvent des courbes tout en volupté, des formes très féminines… est-ce un amour du corps de la femme ? 

La femme, c’est ce que j’ai au fond de moi, c’est cette féminité… mais c’est aussi la femme libre ! Je suis pour la femme libre, je n’ai jamais été dépendante de qui que ce soit, ou alors par choix. Je me suis toujours battue contre les injustices envers les femmes, qui ont pourtant les mêmes droits… Quand je travaillais en infographie, j’exerçais avec de nombreux hommes, nous n’étions pas beaucoup de femmes. Parmi les informaticiennes, je voyais que certaines étaient moins payé que les hommes, je me disais « mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?! ». À Paris il n’y a pas trop de différence, mais en province… !

Et puis j’ai toujours voulu mener ma vie… être actrice de ma vie.

J’ai toujours eu mon style, ces femmes aux grands traits, noir sur blanc ou blanc sur noir. Ma série « détournements » représente la femme à travers les époques, à travers les peintres. Comme Tamara de Lempicka : c’était une pionnière chez les peintres, dans les années 25 : elle fumait, elle était à New York, elle a été dans dans le monde… Manet et Picasso m’ont inspiré, ainsi que le design. J’ai effectivement suivi une format d’architecte d’intérieur à l’école Boule de Paris. Pour passer les concours d’entrée dans les écoles d’Art appliqué il faut dessiner et constituer un dossier. Déjà, le dessin et la peinture étaient ma façon de m’exprimer, entre autres. Mais j’ai toujours touché à tout : la vidéo, le chant, …

Certains disent « il faut choisir ». Mais non, on ne choisit pas, tout se complète…

Dans mes peintures, mes traits sont libres, aériens, je n’ai pas de règle. Je ne suis pas spécialement minutieuse, je suis plutôt spontanée… c’est le défaut de mes qualités ou la qualité de mes défauts ! Je travaille dans le mouvement, dans la spontanéité.

Heureusement qu’il y a les cadres pour ne pas sortir ! Quoi que…

J’ai déjà fait quelques toiles où la représentation sort du cadre, donc je ne peux pas mettre de cadre, comme « chacun cherche chaussure à son pied ».

patricia molinaro exposition marseille

Pour cette oeuvre, j’ai pu débordé de la toile en rajoutant du papier mâché. Cette toile comporte du texte, et c’est une technique à laquelle je reviens. Dans mes mangas, d’influence coréenne suite à mon voyage l’année passée, j’insère de l’écriture philosophique. Cette année, je reviens du Japon, un pays qui m’a beaucoup inspiré. Je sens que je vais être florale ! Je suis inspirée par les fleurs, les jardins japonais, les petits ponts et les petits cailloux… le côté zen ! Le Japon est tellement beau… les voyages influencent, ils nourrissent.

Manga de l'Artiste Patricia Molinaro

Manga de l’Artiste Patricia Molinaro

♦ Quand as tu commencé à exposer ?

Avant de peindre, je faisais de la sculpture. J’ai débuté la peinture et j’ai commencé à exposer dans les années 2000, lorsque je suis descendue dans le Sud. En fait, je voulais être styliste, j’aimais dessiner la femme, les mouvements, le croquis… En arrivant à Fréjus, j’ai rejoins l’association « Le Graal » et c’est avec elle que j’ai participé à ma première exposition . Elle se déroulait au centre culturel de Saint Raphaël, avec les autres artistes peintre de l’association. Pour l’occasion, j’avais fait des peintures en volume représentant des fesses ! Cette collection s’appelait « l’effet des fesses des femmes » et illustrait des fesses mais aussi des bouches. C’était coloré, pop. Je pense que c’est le mieux de commencer à exposer en association, quand on s’essaie, qu’on débute. C’est l’opportunité de voir ce que pense le public, comment il réagit. Mais on ne peint fait pas pour plaire.

Moi j’ai BESOIN de peindre. Même si je n’ai pas de place… j’ai même déjà peint dans mon lit ! C’est un besoin.

Même lorsque je n’avais pas de place, il m’est arrivée de peindre n’importe où. N’importe où où je pouvais, je peignais, je dessinais… Soulage, lui, travaillait bien dans le froid dans 10m² ! On n’est pas obligé d’avoir un atelier. De toute façon, j’ai toujours été comme cela, dès que j’avais du temps je créais. Oui, je créais tout le temps… j’ai toujours créé… déjà quand j’étais infographiste : je créais des dessins mais aussi des scénarii, des courts métrage (je suis allée à Cannes !) j’ai fait des courts métrages sur les ados, des courts métrages avec des effets spéciaux… Un de mes films était passé sur Canal +, je suis passée dans « Créateur studio » quand j’avais 25 ans… j’étais une pionnière.

peinture patricia molinaro

Aujourd’hui, je reviens en arrière. Tandis que certains deviennent infographistes, travaillent sur ordinateur et impriment sur alu, moi, au contraire, je fais l’inverse : je suis revenue à la pièce unique. Pour moi, l’infographie est déjà du passé. L’ordinateur, je le trouve très bien pour communiquer, mais cela peut être dangereux. En effet, dès qu’une image est téléchargée sur Facebook elle ne nous appartient plus, c’est un manque de liberté ! En mettant toutes ces photos on gagne juste à être connu… mais surtout être copié ! On te prend tes droits de propriété intellectuelle, donc non.

 

♦ Tu me disais effectivement toute à l’heure que tes créations en plexiglass en ont déjà « inspiré » certains… C’est une nouveauté pour toi, le plexiglass ?

En effet, l’utilisation du plexiglass est une nouveauté. J’ai débuté avec mes silhouettes : je représentais de longues femmes. Cependant, je n’arrivais pas à trouver un matériau moderne et solide, capable de créer des personnages fins. La terre se casse, le bronze coûte cher… Je me suis alors intéressée au plexiglass. J’aurai souhaité pouvoir faire encore plus de volume, mais cette particularité de la 3D m’intéresse. Et la transparence ! Elle rebondit avec la vitrification de mes toiles. Sur mes sculptures cependant je travaille à l’envers, de l’autre côté. Je dois prévoir les couleurs que je veux mettre en avant et je progresse en couche avec des collages, sans voir ce que je fais !  Ce n’est pas toujours évident de se rendre compte de ce que cela va donner. Il y a du hasard, ce qui donne un côté « street art ».

patricia molinaro artiste marseille

Sculpture en plexiglass – Par Patricia MOLINARO | Label Art

Je trouve ça intéressant aussi de travailler sur le mobilier. Cela permettre de joindre le côté utilitaire à l’oeuvre d’Art. Je ne dirai pas « déco » car je n’aime pas ce mot… Une toile ou une sculpture, ce n’est pas un objet de décoration. Ça doit vivre tout seul ! L’oeuvre d’Art, elle n’est pas là pour être assortie au canapé, elle est là pour choquer le canapé !

Sculpture par PATMOLI

Sculpture par PATMOLI

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