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Léon CAUVY (Montpellier 1874- Alger 1933) Un artiste orientaliste

Samedi 14 janvier 2012

Léon Cauvy, ce nom ne vous dit rien et pourtant… Peut-être que sur l’un de vos murs vous avez accroché l’une de ses reproductions si colorées illustrant l’Algérie ? Car il est devenu célèbre en 1930, au moment du centenaire de l’Algérie française, commémoration pour laquelle il a créé de nombreuses affiches qui sont encore  actuellement vendues en posters.

Sa peinture n’a pas vieilli. La couleur y tient une place prépondérante répartie en grands aplats peu modulés, au dépend du dessin. Une grande sérénité se dégage de ses œuvres. Comme il a du l’aimer son Algérie d’adoption !

Car Léon Cauvy n’est pas né dans le pays qu’il a si bien immortalisé mais à  Montpellier…

 

Oeuvre de Léon Cauvy encadrée avec le visioclic de Label Art

 

Une enfance prometteuse

C’est à l’âge de 12 ans en 1886 qu’il entre à l’Ecole régionale des beaux-arts de Montpellier où il étudie le dessin, l’architecture et la gravure jusqu’en 1895… Il décide ensuite de s’établir à Paris où il suit les cours d’un peintre d’histoire, un certain Albert Maignan.

Revenu à Montpellier il se marie en 1898.

A partir de là, il participe à différents salons et expose aussi bien ses tableaux que de nombreuses pièces de mobilier en cuir repoussé. Il figure pour la première fois en 1902 à l’exposition de la Société des Artistes Français et en 1911, il recevra la médaille d’or.

Il est primé de nombreuses fois pour ses affiches, son mobilier, ses créations de lettres ornées et ses motifs pour papier peint.

L’appel d’un Orient de légende

Léon Cauvy a 33 ans et une carrière déjà prometteuse à Montpellier  quand il remporte le concours de la prestigieuse Villa Abd-El-Tif à Alger. Cette institution sorte de « Villa Médicis » de l’Afrique du Nord, déclarée « Maison des Artistes Européens » sélectionne ses pensionnaires sur concours. Le nombre d’admis est limité à deux. Léon Cauvy est l’un des deux heureux élus en peinture… L’autre est un sculpteur : Paul Jouve.

En 1907, il reçoit donc une bourse et part s’installer à la villa Abd-El-Tif située sur les hauteurs d’Alger. Le lieu situé au dessus du Jardin d’Essais  offre une vue panoramique sur la ville et ses environs, de quoi inspirer les jeunes artistes !

 Une poésie de la vie algéroise

A la fin de son séjour, au lieu de regagner l’Europe, il décide de rester en Algérie et en 1909, il prend la direction des l’école des beaux-arts d’Alger installée alors dans une modeste mosquée du quartier de Bab-el-oued.

Il immortalise la vie algéroise. Le port, les rues animées, les scènes rustiques constituent ses thèmes de prédilection, mais aussi les nombreux petits métiers comme les vendeurs d’eau avec leurs outres en peau de chèvre.  Il peint aussi beaucoup de femmes et d’enfants obligés de travailler durement. Très tôt, les petites filles devaient assumer des responsabilités : porter sur leur dos le dernier-né de la famille, participer aux travaux domestiques, garder les troupeaux.

En même temps, il reçoit de nombreuses commandes publiques et il réalise des fresques ou des panneaux pour le Palais d’Eté et l’Assemblée Générale.

 Un style caractéristique

Sa peinture dans un esprit de « cloisonnisme » est traitée en larges à-plat de couleur flamboyante cernés d’un trait plus foncé. Cette technique rend l’œuvre plus synthétique et décorative par la simplicité de ses formes, son modelé et la valeur expressive de la ligne.

Le cloisonnisme ne cherche pas à restituer la réalité mais à la rendre poétique et décorative. Le style de Léon Cauvy fera des émules par ses élèves.

Il reçoit la légion d’honneur en 1926.

Ses œuvres sont exposées dans les musées d’Alger, d’Oran et de Constantine

Lorsqu’il décède en 1933 à l’âge de 59 ans d’une méningite, le musée d’Alger organise une exposition rétrospective de son œuvre et en 1935 est créé un grand prix de peinture portant son nom.

 

Ouvrages et lieux qui lui rendent hommage :

  • Les artistes de l’Algérie, livre d’Elizabeth Cazenave
  • Alger et ses peintres, livre de Marion Vidal-Bué
  • L’Algérie et les peintres orientaliste, livre de Victor Barrucand
  • Dictionnaire des artistes d’Algérie
  •  Musée de Boulogne Billancourt
  • Musée d’Art et d’histoire de Narbonne
  • Musée National d’Art Moderne de Paris
  • Musée de Montpellier
  • Musée de Mont de Marsan
  • Musée Charlier à Bruxelles
  • Musée des Beaux-arts d’Alger
  • Musée Ahmed Zabana à Oran
  • Musée de Constantine
  • Musée de Tunis

CROMAGNON, le premier graffeur de l’humanité…

Mercredi 4 janvier 2012

Connaissez-vous cette œuvre monumentale qui mesure plus de 250 mètres de long et qui est le sommet de l’art paléolithique ? Elle se trouve sur la commune de Montignac. C’est au milieu des genévriers, que se cache « la » grotte de Lascaux, l’unique, la sublime… Et je vous invite à me suivre sur les pas de Cromagnon, notre papy tagueur… le premier artiste de l’humanité.

 

Il était une fois un chien et trois intrépides adolescents…

Dans l’histoire de l’archéologie, bien des découvertes ont été fortuites. Lascaux n’échappe pas à la règle.

Le 12 septembre 1940, c’est encore les vacances… Au cours d’une promenade, 4 adolescents suivent un chien qui s’est  engouffré dans un trou. Le chien, répondant au doux nom de « Robot » poursuivait-il un lapin ? L’histoire ne le dit pas. Nos 4 vacanciers, croyant avoir eu la bonne fortune de découvrir la sortie du souterrain du château de Lascaux,  reviennent le lendemain équipés de lampes. Ils descendent dans la galerie étroite. Mais ce qu’ils voient ne ressemblent pas du tout au souterrain du château. Devant leurs yeux éblouis s’étalent de splendides peintures rupestres !

Les autorités sont aussitôt alertées et la découverte est considérée comme si importante, que dès le 27 décembre 1940 le site est classé par les Monuments Historiques.

 Un bestiaire enchanté

Le long des murs galopent de grands taureaux, des bisons, des vaches, des chevaux, un troupeau de cerfs, des félins, des rhinocéros. Certains possèdent des dimensions impressionnantes jusqu’à 5 mètres de long. Et la tête vous tourne devant ces incroyables cavalcades. Ces artistes avaient une façon particulière de rendre la perspective et surtout le mouvement. On a l’impression d’assister à une véritable danse.

Les animaux et les humains ne sont pas les seuls à être représentés, il y a aussi beaucoup de figures géométriques dont on ignore la signification. Elles gardent aujourd’hui encore tout leur mystère.

 Il y a 18 000 ans, qui étaient ces artistes ?

Des chasseurs ?

Des conteurs ?

Des chamans inspirés ?

Une chose est sûre : ces hommes de Cromagnon, nos ancêtres, qui peignaient des choses aussi magnifiques et sophistiquées ne pouvaient en aucun cas être des hommes primitifs car ces peintures reflétaient déjà leur compréhension visuelle et conceptuelle du monde.

Ils avaient la volonté de transmettre une connaissance, de perpétuer un mythe, de raconter leur vie avec une remarquable unité de style et une virtuosité picturale digne des plus grands artistes.

 De quels moyens disposaient-ils ?

Les fouilles de la grotte ont permis de mettre à jour certains outils dont ils se sont servis: des restes d’échafaudage, une lampe en grès rose poli qui contenait encore du bois de genévrier et des torches pour s’éclairer.

On a également retrouvé les pigments naturels de leurs couleurs qu’ils conservaient dans des coquillages :

- de l’ocre, une pierre friable qui permet de créer une infinie variété de tons d’un jaune orangé,

- de l’hématite, un des principaux  minerai de fer pour le rouge franc,

- du manganèse et du charbon minéral pour le noir

- et du kaolin pour le blanc.

Pour appliquer ces pigments, ils utilisaient leurs doigts, des bâtonnets, des pinceaux faits avec du crin de cheval ou des plumes attachées sur un manche en bois. Ils projetaient aussi de fines particules de pigments soit avec leur bouche, soit en soufflant à travers un os.

 La chapelle Sixtine de la Préhistoire

Cette grotte par sa splendeur a été baptisée : « la chapelle Sixtine de la Préhistoire ».  On prétend qu’elle ne servait pas d’habitation mais qu’elle était une sorte de sanctuaire à caractère sacré. Quiconque visite cette grotte reçoit un choc. C’est un lieu mythique qui nous invite à méditer sur l’histoire et sur le … temps (18.000 ans tout de même !)

 Pour une petite visite virtuelle, c’est par ici :

www.lascaux.culture.fr

Les pigments c’est par ici : pigments Sennelier

Le musée de Toulouse-Lautrec

Dimanche 13 novembre 2011

Je viens de m’offrir un petit week-end à Albi où j’ai eu l’heureuse opportunité de découvrir le magnifique Musée de Toulouse Lautrec.

Abrité dans le Palais de la Berbie, répertorié Monument Historique, il fait partie de la cité épiscopale d’Albi. La cathédrale et le musée en briques rouges représentent un ensemble architectural unique au monde qui vient d’ailleurs d’être classé au Patrimoine Mondial de l’Unesco le 31 Juillet 2010.

C’est donc à quelques pas de la Cathédrale Sainte Cécile, nichée dans les anciens remparts de la ville que j’ai visité cette magnifique bâtisse flanquée de deux tours. Elle abrite la majeure partie de l’oeuvre du peintre (plus de mille œuvres) léguée par sa famille. Elle comporte deux étages de salles superbes où sont présentés la production du peintre et quelques objets personnels lui ayant appartenu, comme par exemple sa canne qui se dévissait pour lui donner accès à une petite fiole d’absinthe !

A l’auditorium, un film d’une demi heure est consacrée à sa vie.

Quand vous arrivez au palais, vous avez le choix de vous rendre directement au Musée en y accédant par une très jolie cour pavée (attention à vos talons aiguilles !) ou de faire un petit tour sur les terrasses et admirer la vue sur les jardins et sur le Tarn.

Un peintre, petit par la taille, grand par le talent

Le caractère atypique du peintre rend la visite passionnante. La présentation bien conçue nous permet de suivre son évolution et d’imaginer le contexte de l’époque et les milieux qu’il fréquentait, car Henri deToulouse-Lautrec malgré son handicap (ou à cause de son handicap) était un joyeux luron.

Il naît à Albi en 1864 dans une famille bourgeoise apparentée aux Comtes de Toulouse. Une malformation osseuse incurable l’empêchera de grandir. Pour oublier son corps difforme, il s’étourdira durant sa courte vie dans les fêtes de la Belle Epoque, à Paris.

Elève brillant à l’école des Beaux-Arts, il suit d’abord le courant impressionniste. Mais il trouve bien vite son style, proche de la caricature. Il tire un parti admirable des effets de l’ombre et de la lumière qui accentue les traits des visages au point d’en faire de véritables caricatures. Pour cela il s’inspire de Degas qu’il admire au plus haut point. Ce que l’autre ne lui rend pas ! Degas qui est un misanthrope taciturne ne peut s’empêcher de le railler cruellement : « Il porte mes habits, mais retaillés à sa mesure… ». Oh, le vilain jaloux…

Les copains de Toulouse-Lautrec s’appellent : Bonnard, Vuillard, Maurice Denis, Paul Sérusier… et le musée nous offre quelques unes de leurs œuvres.

Ses thèmes de prédilection

Chanteuses de cabaret, acteurs, actrices peuplent son univers. Les scènes de cirques l’inspirent. Egalement les maisons closes qu’il traite avec compassion et pudeur. On imagine facilement la complicité et l’affection qui se sont instaurés entre l’artiste au corps difforme et ces femmes au destin éprouvé. Bon nombre de personnages qui ont compté pour lui nous accompagnent dans cette visite :

- sa mère, la comtesse Adèle dans les bras de laquelle, il mourra à l’âge de 37 ans seulement.

- Son ami d’enfance Maurice Royant à qui sa famille l’a confié pour … l’empêcher de boire.

- Suzanne Valadon, peintre et mère d’Utrillo qu’il a aimé à la folie, mais cet amour était à sens unique

- La chanteuse « La Goulue » qui lui disait « quand je vois mon cul dans tes tableaux, je le trouve beau ».

Un affichiste célèbre

Parmi les affiches présentés, certaines ont contribué à sa renommée :celle en particulier où l’on voit le chansonnier Aristide Bruant avec son écharpe rouge et celle de « La Goulue » au Bal du Moulin Rouge.

Ses crayonnés aussi sont fascinants. Ils révèlent tout son talent et sa virtuosité. Alors n’hésitez pas à vous offrir cette visite de charme…

Fabienne Verdier, la peintre du « non vouloir »

Jeudi 27 octobre 2011

Aujourd’hui amis lecteurs, je voudrais vous faire partager le billet de Roy. A lire, à savourer et évidemment un blog à découvrir :

Le blog de Roy Pallas

Je me présente je m’appelle Roy Pallas, je suis l’auteur d’un blog sur le dessin. Je donne des conseils techniques et des éléments de réflexion dans ce domaine. Pendant mes années d’études en art j’ai eu la chance d’avoir quelques cours de peintures (plus théoriques que pratiques).

J’ai choisi de parler de Fabienne Verdier pour plusieurs raisons : c’est une peintre que j’estime, dont je trouve le travail très poétique et subtile, ensuite parce que relativement peu de gens connaissent son existence, et son apprentissage est un véritable exemple de bravoure. Je voulais vous faire partager son histoire.

Pour entretenir mes connaissances, j’ai suivi avec intérêt les articles de votre rédactrice habituelle. Voyant que je pouvais apporter quelques informations pour enrichir son blog, j’ai proposé à Elisa de rédiger un article sur un artiste que je connais.

Fabienne Verdier

Fabienne Verdier

Fabienne Verdier a passé son enfance dans la ferme de sa famille près des Pyrénées. Elle y a appris le travail dans les vignes et ce qui relève du jardinage. Elle a fait ses études aux Beaux-Arts de Toulouse deux années durant avant d’avoir son diplôme avec brio.

Elle a été déçue de son apprentissage dans l’école puisque aucune technique n’était apprise aux élèves. Le principal reproche que Fabienne fait à cet enseignement est que les professeurs poussent les étudiants à l’expression alors qu’aucun moyen de le faire ne leur est transmis.

Les ateliers de dessin de modèle vivant étaient les cours les plus intéressants pour elle mais le crayon (trop sec) ne lui convenait pas et c’est donc vers le pinceau qu’elle s’est tournée. Ce dernier est plus apte selon elle, à retranscrire le mouvement de la vie. C’est ainsi que son intérêt pour la calligraphie est née, elle s’est enrichie de plusieurs ouvrages sur le sujet parmi eux le livre de François Cheng, Vide et plein, qu’elle a particulièrement apprécié.

C’est pour combler la lacune technique de l’apprentissage des Beaux-Arts et pour approfondir sa technique au pinceau, que Fabienne décide de partir pour la Chine. Refusant en même temps une bourse qui lui a été accordée pour la poursuite d’études en art dans un autre établissement français.

La jeune artiste s’inscrit au Beaux-Arts de Sichuan où elle résidera à partir de 1983 et y restera jusque dans les années 90. La vie est rude pour l’étrangère (ne parlant pas le dialecte du pays qui plus est) qui connait beaucoup de difficultés à être acceptée notamment dans sa nouvelle classe.

Les obstacles ne l’empêchent pas d’aller de l’avant, son objectif d’apprendre le plus possible sur l’art du pinceau ne quitte pas ses pensées. Elle suit donc un atelier en plus des cours donnés aux Beaux-Arts où elle apprend notamment l’art du marouflage.

Elle a ensuite pu croiser la route d’un maitre calligraphe clandestin habitant sa région, dont elle a appris l’existence par une de ses connaissances. Maitre Huang Yuan se montra très réticent à transmettre son art du pinceau, les origines occidentales de Fabienne n’ont également pas joué en sa faveur. Mais c’est avec patience que la française traça des poèmes chinois avec son pinceau, et déposa les feuilles devant le logement de maitre Huang Yuan tous les jours pendant des semaines.

Après plusieurs mois sans réponses, ce dernier accepta qu’elle devienne son élève. Son enseignement était axé dans un premier temps sur l’oubli de tout ce qu’elle connaissait et elle devait s’engager à s’entraîner 10 ans. Les exercices étaient mécaniques et rudes, Fabienne passa plusieurs mois à apprendre la base du tracé. Comment tenir un pinceau, comment le mouvoir, comment reproduire, comment voir les nuances, et enfin comment y mettre de sa personnalité.

Fabienne VERDIER

Fabienne VERDIER

Elle est aujourd’hui une artiste reconnue pour ses créations mélangeant réflexion plastique et spiritualité. Elle travaille dans un atelier près de Toulouse où elle crée ses peintures à l’aide d’un gigantesque pinceau de plus de 60kg suspendu au plafond.

Son lieu de travail reste caché de tous afin que l’artiste puisse se consacrer à son art et se préserver des tensions liées à notre époque. « Je tiens à rester cachée pour préserver mon intégrité ». C’est ainsi qu’elle continue de se construire en tant qu’artiste et affirme donc que depuis son périple de 10 ans en Chine, « rien n’a changé ».

Avant chaque peinture elle a l’habitude de méditer pour arriver à un état « d’être sans vouloir », afin d’équilibrer la tension et la détente pour créer. C’est de cette manière qu’elle peut transmettre une énergie à ses œuvres, à poser ses traits avec une sorte de geste instantané et retenu à la fois.

Le collectionneur Hubert Looser rendit un jour visite à Fabienne dans son atelier et lui exposa les réflexions de grands maitres américains de la peinture abstraite. La peintre calligraphe s’est découvert une parenté avec ce mouvement. « La proposition si généreuse de Hubert Looser, de créer des œuvres en résonnance avec ces maîtres m’a révélé leurs univers tout en m’aidant à mieux définir la spécificité de mon abstraction ».

Son œuvre s’inscrit donc dans la lignée des réflexions des grands peintres abstraits américains tels que Kline, Tobey, Pollock ou de Kooning, selon les informations de sa galerie (galerie Jaeger Bucher à Paris).

Pour finir cet article, voici les liens de son site personnel et de sa galerie. Il existe également un film de Philippe Chancel appelé « Flux » consacré à Fabienne Verdier, on peut y voir l’artiste en pleine création. C’est assez surprenant !

http://www.fabienneverdier.com/index-FR.html#sr61

http://www.galeriejaegerbucher.com/index.php

VERDIER Fabienne, texte de Charles Juliet, Entre ciel et terre, Paris,Albin Michel, 2007

VERDIER Fabienne, L’unique trait de pinceau, Paris,Albin Michel, 2001

VERDIER Fabienne, Passagère du silence, Paris,Albin Michel, 2003

JULIET Charles et VERDIER Fabienne, Entretien avec Fabienne Verdier, Paris,Albin Michel, 2007


Blanche ODIN : la « fée des roses et des fleurs »

Mercredi 7 septembre 2011

Elevée chez les bonnes sœurs, la petite Blanche Odin a longtemps hésité entre prendre le voile ou prendre le pinceau… Ouf ! Tant mieux pour nous, elle a choisi le pinceau ! Elle naît à Troyes le 25 Février 1865 et elle meurt le 3 Août 1957 à Bagnères de Bigorre. Bien que ravissante, elle restera célibataire toute sa vie pour se consacrer uniquement à sa passion : la peinture.

LES FONDATIONS DE SON TALENT

On raconte que dans sa jeune enfance, elle découvre lors d’une promenade en forêt, les restes de palette d’un peintre. Elle emporte le trésor chez elle, se confectionne un pinceau de fortune et peint sur un morceau de vaisselle cassée sa première œuvre… Chers parents, ne jetez plus vos débris d’assiettes, un génie artistique sommeille peut être en vos enfants !

A neuf ans, on la place en pension chez les Ursulines. Avec une grande humilité, elle fait son apprentissage artistique. Elle a un sens aigu de l’observation et c’est avec patience et humilité, qu’elle recopie tout ce qu’elle voit dans des carnets de croquis : planches botaniques, images pieuses, estampes. Mais elle aime aussi croquer sur le vif ce qu’elle observe avec une précision d’un réalisme étonnant. Elle est capable de peindre sur des supports variés : papier, carton, céramique, ivoire…

A partir de 1882, elle se rend à Paris pour suivre des cours de dessin et de peinture dans des ateliers libres et des académies car l’Ecole des Beaux-Arts est uniquement réservée aux hommes. Elle n’emprunte pas la voie de la facilité, mais sous ses airs de grande timide, elle a une volonté tenace, beaucoup d’énergie et elle est surtout habitée par sa passion de peindre, sans jamais faillir ou faiblir. Elle peindra jusqu’à son dernier jour.

A partir des années 1890, elle enseigne l’aquarelle et participe à différents Salons où elle connaît le succès et collectionne de nombreux prix. L’Etat lui achète bon nombre d’œuvres qui ornent les murs de l’Elysée, de l’Ambassade de France, entre autres.

En 1934 elle s’installe au 6, rue Gambetta à Bagnères de Bigorre où affluent de nombreux estivants. En été, elle en profite pour effectuer chez elle des expositions personnelles et les amateurs se pressent dans son atelier.

COULEURS ECLATANTES DANS L’HUMIDE

Depuis longtemps, elle lit tout ce qui concerne la technique de l’aquarelle pour mieux comprendre son évolution. Elle sait que tout est important : l’eau, le papier, les pigments, les pinceaux.

Au début elle mouille très peu ses pinceaux. Ensuite elle s’enhardit à diluer ses pigments avec beaucoup d’eau. Pour rendre ses couleurs plus lumineuses, elle mouille abondamment son papier qu’elle choisit très épais pour qu’il ne gondole pas et ne se déchire pas. Il pèse 600 grammes au mètre carré. Un vrai carton ! De plus, le grain torchon du papier crée une impression poudreuse.

Elle apprivoise l’eau comme nul autre pour travailler dans le mouillé. Ensuite elle soutient ces effets vaporeux par un apport à sec. Elle travaille les clairs-obscurs, donne des effets peu pratiqués à l’époque par les aquarellistes.

Elle utilise toutes les ressources de l’aquarelle comme s’il s’agissait de peinture à l’huile (qu’elle a également pratiqué) Elle a le talent de pouvoir travailler aussi bien sur des formats minuscules que sur de grandes surfaces.

SES SUJETS DE PREDILECTION : LES FLEURS

Le poète Paul Cardeilhac la surnomme « La fée des roses et des fleurs ».

Elle pousse la représentation réaliste jusqu’à son extrême limite pour transmettre l’âme de la fleur. Des milliers de fleurs et de bouquets ont pris vie sous ses pinceaux. Elle passe de longues heures à faire des études de vase pour obtenir la perfection.

Bien qu’elle soit connue pour ses magnifiques bouquets de fleurs, elle a également peint en extérieur beaucoup de paysages ou de scènes champêtres. Les animaux ont aussi une grande part dans son œuvre. Elle les croque dans leur élément parcourant la campagne pour trouver ses sujets.

UN ART DIFFICILE SELON … MOLIERE !

L’aquarelle est chargée d’une longue et riche histoire. Longtemps considérée comme un ouvrage de dame, elle n’est plus aujourd’hui méprisée. Elle a beaucoup évolué grâce à des artistes comme Blanche Odin qui l’a affranchi des teintes fades qui lui faisait une terne réputation.

Et pour terminer, je ne résiste pas au plaisir de vous livrer ses alexandrins de Molière :

L’aquarelle est pressante et veut sans complaisance

Qu’un peintre s’accommode à son impatience,

La traite à sa manière et d’un travail soudain,

Saisisse le moment qu’elle donne à sa main.

La sévère rigueur de cet instant qui passe

Aux erreurs d’un pinceau, ne fait aucune grâce.

Avec elle, il n’est point de retour à tenter

Et tout au premier coup se doit exécuter.

MIEUX CONNAITRE BLANCHE ODIN

1/ – Avec les livres de Monique Pujo-Monfran aux Editions Equinoxe :

- Passion Aquarelles

- Lumière d’aquarelles

- Blanche Odin : sa technique

2/ – Avec le DVD de 90 minutes de Bénedicte Magnin Roggero

3/ – Et le meilleur endroit pour admirer tous ses chefs-d’œuvre : le Musée Salies à Bagnères de Bigorre. Blanche Odin lui a légué 48 aquarelles

Son père lui disait : « Tu verras où ça te mènera, de faire des taches et des gribouillages ! »

Vendredi 4 février 2011

Le petit Hans HARTUNG qui remplissait les marges de ses cahiers d’écolier de taches et de gribouillages est devenu l’un des peintres les plus importants du XXème siècle. Il est né en Allemagne en 1904 et il est mort en 1989 à Antibes (entre-temps il a été naturalisé français). On dit qu’il est le fondateur de la peinture gestuelle abstraite en Europe.

COMMENT LUI EST VENUE SA PASSION ?

« Lorsque j’avais entre 8 et 12 ans, j’étais passionné d’astronomie. Je cherchais à dessiner des éclairs » expliquait-il.

Les taches d’encre et les zébrures qui sont devenues si célèbres et qui constituent son style unique ont donc été inspirées par les orages de son enfance et plus particulièrement par les éclairs.

Ces éléments naturels fulgurants lui ont forgé le goût pour le dessin rapidement esquissé.

« J’attrapais au vol les éclairs dès qu’ils apparaissaient. Il fallait que j’aie achevé de tracer leurs zigzags sur la page avant que n’éclate le tonnerre ».

UN STYLE GESTUEL CARACTERISTIQUE

Et facilement identifiable… Toute son œuvre est porteuse d’un rythme, d’une intensité, et d’une expression bien particulière.

C’est la musique de Bach, Haendel, Purcell qui scande son geste. Il privilégie une touche fluide et rapide.

Sa teinte majeure : le noir est agrémenté de grattages et d’incisions aux couleurs acides.

Il utilise une gamme chromatique réduite aux contrastes prononcés.

Son œuvre est immense. Il a voulu tout explorer : dessin, aquarelle, pastel, peinture à l’huile et à l’acrylique, gravure, lithographie.

UN PRECURSEUR

Bien avant le peintre POLLOCK qui baladait sur une toile un seau de peinture percé, HARTUNG « se bricole » ses propres outils ! Son imagination n’avait pas de limite. Jugez plutôt.

Il utilisera tour à tour :

- Des pinceaux démultipliés

- Des branches d’arbres, des balais, des plumeaux de ménagère, des râteaux des pinceaux démultipliés collés sur un seul manche, pour obtenir les stries qui sont des formes récurrentes dans son œuvre.

- Des rouleaux à lithographie, des taloches d’empreintes de maçon pour de beaux aplats.

- Des sulfateuses à vigne, des pulvérisateurs agricoles, des pistolets à air comprimé pour adoucir la géométrie parfois sévère de ses tableaux et pour travailler ses surfaces en transparence et en superposition.

UN TRAVAILLEUR INFATIGABLE

« Le plaisir de vivre se confond en moi avec le plaisir de peindre » avait-il coutume de dire. Et de ce fait, au cours des 3 dernières années de sa vie, et malgré un accident vasculaire cérébral qui l’avait laissé diminué, Hans HARTUNG a peint dans son atelier d’Antibes plus de 650 toiles !

Il a toujours gardé le contrôle de sa production en appliquant un système de référence qu’il avait mis au point de la façon suivante :

- une lettre pour la technique employée

- l’année

- un code

Son travail de réflexion et de création était également consigné dans des carnets d’étude où il expliquait ses choix.

MIEUX LE CONNAITRE

Exposition à la BNF à Paris

du 12 octobre 2010 au 16 janvier 2011

Exposition au Musée Régional d’Art Contemporain à Serignan

Du 7 novembre 2010 au 6 mars 2011

Fondation Hans Hartung à Antibes (ouvert toute l’année)

Connaissez-vous le peintre Miles Davis?

Jeudi 5 août 2010

Si l’on connaît le grand musicien Miles Davis, on ignore le Miles peintre, lui qui fut pourtant l’auteur de centaines de tableaux et de croquis réalisés pendant les derniers dix ans de sa vie.

Interview de sa dernière compagne, Joe Gelbard, peintre et sculptrice new-yorkaise qui, en tant qu’enseignante et muse, accompagna le jazzman dans sa découverte du pinceau et de la toile.

A quel moment Miles Davis a-t-il décidé de se consacrer à la peinture ?

J’ai rencontré Miles dans un ascenseur, en 1984. Il m’a regardée fixement, sans rien dire de ses yeux pénétrants de guerrier Masai. A l’époque, nous habitions dans le même immeuble, dans la 5th Avenue, et j’évitais toujours de le croiser car il me faisait peur. Il avait 58 ans. Il était le musicien de jazz le plus connu de la planète. Et tout le monde parlait de sa vie dissolue, de ses sauts d’humeur, de son arrogance, de son génie, de sa folie. Il était pris parfois d’attaques de paranoïa : un soir il a pris la neige qui tombait sur sa Ferrari pour de la cocaïne. Moi, j’avais 34 ans . J’appartenais à tout un autre milieu : j’étais la fille d’un riche marchand de diamants, une sorte de « princesse juive-new-yorkaise », gâtée, mais réellement passionnée par l’art. Lorsque je l’ai rencontré, je venais de réaliser ma première exposition de peinture dans une galerie de Madison Avenue, tandis que Miles sortait d’une opération qui l’empêchait de jouer. Il n’arrivait plus à maîtriser les mouvements de sa main droite. Un jour, entre le 4ème et le 6ème étage, il me dit : « La musique est une peinture que l’on peut entendre, et la peinture est une musique que l’on peut voir. », une de ces phrases énigmatiques à la Miles ! Ca sonnait comme invitation un peu mystérieuse. Peu après, il me demanda de l’accompagner dans l’apprentissage de la peinture. De fait, il dessinait déjà très souvent, et il avait un don inné du trait. Je crois qu’au début, Miles a utilisé la peinture comme une thérapie, mais au fur et à mesure qu’il avançait, elle est devenue pour lui une passion réelle. Depuis, il ne se déplaçait jamais sans ses carnets de dessins, ses crayons, ses pinceaux.

Par Paola Genone, publié le 09/10/2006 - mis à jour le 21/10/2009 10:57

Pour en savoir plus, je ne peux que vous recommander vivement l’exposition qui se tient actuellement au musée des beaux-arts à Montréal : We want Miles

Il fait quoi ton père?

Jeudi 21 janvier 2010

Peintre…. C’est ce qu’ont du répondre le comédien Pierre Arditi, l’académicien Jean Marie Rouart, le député maire d’Evry Manuel Valls, le cinéaste Jean Renoir, l’antthropologue Claude Lévi-Strauss… etc…
Sculpteur... a pu répondre Jean-Paul Belmondo qui se souvient avoir « reluqué » dans l’atelier de son père, les modèles qui posaient nues !
Au très joli Musée de l’Orangerie, ce sont ces enfants d’artistes qui volent la vedette à leurs célèbres parents. Cette exposition présente leurs portraits d’enfants admirablement mis en scène au milieu de jouets en bois et de costumes d’époque.
On leur donne la parole dans une vidéo réalisé par Numa Vilato.
Il y a des passages très drôles, d’autres émouvants.
Tous ces enfants modèles parlent de leur état d’esprit quand ils posaient et de leur enfance croquée par leur artiste de père souvent sévère !
Courrez voir cette exposition : elle dure jusqu’au 8 Mars 2010 à travers elle, vous découvrirez les sagas familiales.

*Dans la série « les peintres scandaleux »… je vous présente Vanessa Bell.*

Mardi 8 décembre 2009

Vous aimez les « sagas » ? En voici une digne des meilleurs magazines « people ».
Vous avez déjà entendu parlé du grand écrivain Virginia Woolf.
Mais connaissez-vous sa soeur peintre : la sulfureuse Vanessa Bell (1879-1961) ?
Elle faisait partie du mouvement artistique anglais : le Blomsbury Group.
Il a révolutionné le conservatisme anglais en s’inspirant de Cézanne, Matisse, Picasso.

Et maintenant, je vais vous raconter la vie de Vanessa Bell. Suivez-bien !
- Elle épouse en 1907 l’historien d’art Clive Bell. Ils auront deux fils.
- Elle se sépare de lui (en lui laissant les enfants !) peu avant la 1ère guerre mondiale.
- Elle part vivre alors avec 2 homosexuels, l’un Duncan Grant (1885-1978) est peintre. L’autre : David Garnett (1892-1981) est écrivain.
- Elle a une fille avec le peintre Duncan Grant : Angelica (1918)
- Et devinez qui Angelica épousera ? je vous le donne en mille ! David Garnett.

Aujourd’hui, l’admirable musée « La Piscine » à Roubaix dont je vous ai déjà parlé, rend hommage au courant artistique Blomsbury, ce groupe d’artistes amis-amants.

J’ai oublié de vous dire que cette exposition a été inaugurée par Angelica (91 ans)

« La Piscine » Musée d’Art et d’Industrie
23 rue de l’Espérance à Roubaix (Tel : 03.20.69.23.60)
jusqu’au 28 Février 2010

et au sujet de Virginia, je ne peux que vous recommander l’admirable film « The Hours » adaptation du célèbre Miss Dalloway …

Renoir et les femmes de sa vie…

Jeudi 3 décembre 2009

« Il ne s’est pas passé un seul jour sans que je peigne… »
Perclus de rhumatismes déformants pendant les vingt dernières années de sa vie,Renoir demandait à ce qu’on lui attache les pinceaux aux mains pour continuer à peindre.
L’exposition du Grand Palais à Paris rassemble une centaine de ses oeuvres.
Les conservateurs du musée se sont transformés en Sherlok Holmes pour dénicher aux quatre coins du monde (Brésil – Japon – Etats Unis – Europe) ces tableaux peints après 1880 et qui ont connu un grand succès.
Ce sont pour la plupart des portraits.
C’est une période intimiste du peintre où ses proches lui servaient de modèles.
Il y a d’abord sa femme, la jolie Aline, puis ses trois enfants. Pierre, l’acteur.  Jean, le célèbre cinéaste (l’auteur de « Grande Illusion ») et Claude, dit « Coco », l’expert en tableaux de son père.
Enfin, la sublime Gabrielle Renard, la nourrice des enfants.
Au fil du temps, on remarquera qu’elle est de plus en plus dénudée !
Quand elle mourra en 1959 la jolie muse de Renoir fera la « une » de Paris Match…
Les femmes de Renoir avaient le sein rond, des formes plantureuses et une chair laiteuse.
Les canons de la beauté ont bien changé ! Mais le talent de Renoir lui reste intemporel.
Courrez vite voir cette superbe exposition émaillée également de Picasso, Bonnard et Matisse, car ces trois peintres l’admiraient énormément et possédaient quelques unes de ses oeuvres.
L’exposition dure jusqu’au 04 Janvier 2010 et ce serait dommage de vous priver du plaisir de voir
ces toiles aériennes, fluides, nacrées qui ensuite retourneront chez leurs propriétaires.