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Comment choisir son châssis entoilé pour peinture

mardi 13 décembre 2016

Bonjour à toutes et à tous,

Aujourd’hui, je vous propose de rejoindre Roland pour suivre avec lui un cours de peinture sur le thème du choix du châssis entoilé. En effet, lorsque nous peignons à l’huile ou à l’acrylique, nous sommes confrontés au problème du choix du support. Alors, sur quelle toile travailler ? Roland nous invite à passer en revue les toiles existantes et nous explique ce qui fait leurs qualités et leurs différences…

chassis entoilé

Les toiles polyester (toiles synthétiques)chassis polyester label art

Le châssis polyester a l’avantage de proposer une toile très souple, au tissage très fin. Personnellement je l’aime bien.

Comme elle est très lisse, elle est parfaitement adaptée au travail en trompe l’œil, et sera particulièrement appréciée des artistes qui aiment à réaliser de beaux glacis.

Les toiles cotonchâssis coton

Cette qualité de toile est bonne : elle ressemble au synthétique mais elle est beaucoup plus souple. Cette souplesse engendre le seul inconvénient de cette toile : le châssis coton a tendance à se détendre. Il suffit alors d’utiliser les clés pour retendre la toile. Le châssis entoilé en coton reste néanmoins un bon support, sur lequel il est intéressant de travailler.

La matière suprême : le lin

chassis lin label artMoins souple que le coton, le châssis pour peinture en lin conservent ses tensions plus longtemps. Les toiles en lin sont solides et résistent à l’humidité. Ces toiles ont effectivement l’avantage d’être parmi les moins fragiles. Il existe différents types de lin: lin moyen, lin fin, lin fort… le type définit le grain de la toile. Chacun préférera un certain grain selon son goût et sa technique. Personnellement, je ne travaille jamais en épaisseur et je préfère le grain fin. Toutefois, un châssis entoilé en lin épais ou moyen sera apprécié si on travaille au couteau, pour accrocher la matière notamment.

Le lin existe également en lin brut, appelé lin naturel. Ce support est top mais il faut tout de même le préparer en passant un apprêt… Sinon cela devient très périlleux ! Les châssis en lin brut est un support très intéressant.

Les cartons toilés

Les cartons entoilés consistent en une toile de coton collée sur un morceau de carton. Ils sont très bien pour les travaux d’étude. Ce support économique est de plus très agréable. Il convient de privilégier les petits formats, car les grands cartons ont tendance à se gondoler. Pour parer à cela, il peut être possible de coller un tasseau de bois au dos du carton toilé.

carton entoilé label Art

Reconnaître la qualité de sa toile de peinturechassis en bois label art

Ce qui fait la qualité d’une toile est sa tension, sa capacité à rester en tension, bien tendue, pour ne pas gondoler.

« La qualité dépend de la nature de la toile mais aussi du châssis. »

Le châssis doit être en bois : un bois de qualité, pas du petit bois qui risquerait de se gondolera à l’humidité. Regardez au dos des tableaux pour voir s’il est solide et de bonne épaisseur pour garantir la stabilité. Le châssis en bois doit également présenter un biseau afin que le tasseau ne touche pas la toile. En effet, si le châssis touche la toile alors il se verra lorsque l’artiste peindra. Veillez à ce qu’il y ait bien ce biseau ou alors un rebord, qui éleverait la toile au dessus du châssis.

Les encoches pour mettre les clés sont très importantes également. En effet, elles permettent de régler la tension des toiles. Les clés doivent être bien adaptées au châssis. Cela est rarement le cas, voir jamais le cas dans les toiles pas cheres de mauvaise qualité.

 

Comment tendre une toile sur un châssis

Pour tendre la toile, il faut enfoncer les clés (partie plate contre le châssis) dans les encoches. Ensuite, à l’aide d’un marteau, on les enfonce bien. Les clés se posent deux par deux. Un fois qu’on les enfonce les clés écartent les tasseaux et tendent le châssis, ce qui créé une meilleure tension sur la toile. Les clés doivent s’installer avant de peindre, ainsi il ne reste qu’à régler la tension une fois l’oeuvre achevée.

 

L’enduction des châssis entoilés

Enfin, dernière point sur ce qui fait la qualité d’une toile : l’enduction. L’enduction est l’apprêt (le gesso) qui est appliqué sur la toile pour lui permettre de recevoir la peinture. Aujourd’hui il n’existe quasiment que des enduits universels, les supports pourront donc servir à travailler les techniques de l’acrylique et de l’huile. Avant, des enductions grasses existaient, précues pour le travail à l’huile, mais aujourd’hui cela est rare et obsolète. En effet, de nos jours les enductions maigres (à l’acrylique) sont tout à fait performantes.

« De l’enduction dépend aussi la bonne planéité de la toile. »

Si l’enduction est trop maigre, trop fine, nous risquons de voir le grain de la toile, et ce grain va absorber la peinture. Le travail sera en sera plus difficile. Ce facteur, important, détermine également la qualité de la toile.

Les toiles de lin brut sont également apprêtées. Cela ne se voit pas, c’est un apprêt invisible, un gesso transparent. Cette sorte de résine acrylique pure, bien qu’elle soit invisible rentre dans la gamme des enductions.

chassis lin naturel label art

 

Maintenant que vous savez tout, voici un dernier petit conseil : si vous achetez malgré tout une toile dans les magasin discount, toile qui ne coûte rien mais qui est d’une qualité exécrable… Avant de travailler, je vous conseille tout de même de mettre du gesso pour parfaire l’apprêt. Mais évitez cela…

« De la qualité de la toile dépendant la qualité de l’oeuvre ! »

 

Ce sont sur ces derniers mots que Roland clôture notre cours du jour. J’espère que celui-ci vous aura plu ! N’hésitez pas à nous faire part de votre expérience ou de vos préférences.

Pour visualiser la vidéo de Roland, cliquez sur l’image :

cours peinture

À très bientôt,

Camille de Label Art

Le support comme choix esthétique

lundi 21 mars 2011

Chers Amis Artistes,

Je souhaiterais vous faire partager une analyse d’Isabelle Bonzom, artiste et historienne de l’Art, spécialiste du rapport entre matière et iconographie. Il existe sans doute entre le support et la peinture une véritable alchimie, que chaque peintre artiste souhaite mettre en exergue. Je vous laisse lire cet article et réagir, pourquoi pas nous adresser vos peintures et réflexion autour de ce thème : le support comme choix esthétique.

Bonne lecture

Elisa

La peinture commence dès le support.

L’aventure picturale débute, en effet, dès le choix du support et celui-ci n’est pas forcément la toile. Le mur, la pierre, le bois ou même l’ardoise, le cuivre ou le verre ont été et sont encore utilisés. Mais, pour des raisons de commodité, la toile tendue sur châssis est le support de prédilection depuis le XVIIe siècle. Cela en est même devenu une convention. Certains artistes ne se préoccupent pas du support sur lequel ils peignent, alors que d’autres dialoguent avec la surface.

Titien, Véronèse et Tintoret ont ainsi peint sur des toiles à gros-grains. Même si des raisons techniques liées à une forte hygrométrie de la région ont amené les Vénitiens à travailler sur ce type de toile, la trame grossière et visible a participé au rendu final du tableau. Leurs peintures sont plus costaudes et paraissent plus charnelles que celles des Florentins. À la même époque, ces derniers peignent sur toile fine, mettent l’accent sur le dessin et la clarté dans un rendu lisse et plutôt éthéré.

Le support comme choix esthétique

Le support comme choix esthétique

Chardin, autre peintre de la chair et de l’incarnation, jouait avec la toile, ne passant souvent que des jus transparents pour les fonds. La peinture la recouvre en couches superposées, au niveau des saillies, c’est-à-dire des reliefs où s’accroche la lumière. Parfois même, Chardin effleure à peine la toile, laissant  sa couleur et sa texture visibles pour signifier la fourrure d’un lièvre. Alors, le support est comme une peau.

Plus tard, papier et carton sont utilisés par les peintres modernes comme Lautrec ou Vuillard, pour des raisons non seulement économiques, mais aussi idéologiques. Le degré d’absorption de ces supports, leur couleur et leur texture engendrent une matité et un aspect brut qui s’opposent à l’allure policée des peintures académiques. Car au même moment, les peintres pompiers recouvrent entièrement la toile, ils anesthésient la présence et le rôle du support en le saturant. L’artiste moderne, lui, laisse souvent à nu la toile. Entre 1900 et 1920, l’enduction blanche ou grise de la toile est visible en plusieurs endroits du tableau, donnant la sensation d’inachevé. Une manière de répondre aux soucis de perfection des académiques qui, aux yeux des modernes, tuent la peinture à trop la peaufiner.

Il s’agit de laisser respirer le support. À l’huile, Cézanne garde en réserve le fond blanc de la toile, comme il le fait avec le papier lorsqu’il peint à l’aquarelle. Matisse n’arrête pas de poser la peinture, puis de la racler pour retrouver le blanc de préparation. La lumière vient du fond et traverse les couches picturales. En dialoguant avec le support, Picasso nous montre l’envers du décor. Il inverse les rapports de force : il dessine sur la peinture et la toile qu’il dénude arrive en premier plan. Une façon de souligner que l’oeuvre est un tableau et non une illusion de la réalité.

D’ailleurs, la toile est tissu avant d’être image. Seurat et Mondrian l’évoquent en créant une nouvelle trame par la juxtaposition de points, pour le premier ou l’entrecroisement de lignes, pour le second. Cette grille de lecture se superpose à celle du support, rappelant son existence, sans l’imiter. Le tissage, espace sans hiérarchie, sans effet de profondeur intéressera également Klee. Quant à Robert et Sonia Delaunay, Rothko, Klein ou Bacon, ils appliquent une couleur teinture qui imprègne les fibres et plonge le spectateur dans la couleur pure.

La matière, la tonalité du fond, sa consistance et même sa résistance sont déterminantes dans le résultat final. Le support joue donc un rôle important dans l’esthétique de l’œuvre.

Isabelle Bonzom, Mars 2011 – Voir son site : cliquez ici