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Tamara De Lempicka, une artiste peintre sulfureuse…

jeudi 17 novembre 2011

Peintre le jour, elle revêt la nuit ses atours de femme fatale… Belle, brillante, audacieuse, elle a fait de sa vie un théâtre. Elle est l’égérie des grands couturiers qui la parent comme une reine. Les modistes les plus renommés lui confectionnent des chapeaux extravagants et les photographes se disputent le privilège de la prendre en photo dans des poses langoureuse, habillée et coiffée comme une diva mystérieuse et fascinante.

Émancipée financièrement, libérée sexuellement (bien qu’elle aimait les femmes, elle s’est mariée deux fois !) elle est la figure emblématique du Paris des années folles.

1898, un 16 mai, naît la petite Tamara Gorska, fille d’un juif russe et d’une mère polonaise. C’est une fillette impétueuse et dominatrice. Son enfance se passe dans un milieu cultivé et aisé entre St Pétersbourg et les grandes villes européennes. Elle s’intéresse très jeune à la peinture et éprouve lors d’un voyage en Italie avec sa grand-mère, une véritable fascination pour les peintres de la Renaissance italienne.

1910, sa mère commande à un peintre célèbre le portrait de sa fille. Tamara endure comme un supplice ces séances de pose. Au final elle est tellement déçue par le résultat qu’elle déclare à ses parents qu’elle peut mieux faire. Elle demande à sa sœur Adrienne de poser pour elle. Le portrait est tellement réussi qu’elle déclare : « je serai artiste peintre… ».

1914, elle s’inscrit à l’Académie des Beaux-Arts de St Pétersbourg.

1916, elle épouse un jeune et séduisant avocat polonais, le Comte Tadeuz Lempicki. La révolution d’octobre les oblige à fuir, d’abord à Copenhague, ensuite à Paris. Son mari est anéanti d’avoir perdu sa situation. Maria décide alors de subvenir aux besoins du ménage en se lançant dans la peinture.

Elle suit une formation à l’Académie de la Grande Chaumière où elle a des professeurs illustres : André Lhotte et Maurice Denis.

Elle exécute les portraits de ses proches, d’abord ceux de sa fille Kizette puis ceux de ses amies. La galerie Colette Weill vend ses premiers tableaux.

1925 marque l’envol de sa carrière ! Elle participe à Paris à l’exposition Art Déco et tient à Milan sa première exposition personnelle à la Galeria Bottega di Poesia. Le succès est immédiat et immense.

Il faut dire qu’elle a su se forger un style éblouissant de formes et de couleurs. Elle traduit à travers son choix de couleurs vives et de compositions spectaculaires, son goût pour la liberté des mœurs. Ses personnages sont une synthèse de l’art maniériste moderne et du post cubisme. Pour la composition et le décor, elle emprunte les magistrales recettes des peintres de la Renaissance italienne.

L’esthétique est au cœur de ses œuvres avec toutes ces beautés au regard sensuel et mystérieux, à la bouche rouge et pulpeuse, aux poses provocatrices à son image.

« Une lumière à la manière d’Ingres, du cubisme à la Fernand Léger, avec du rouge à lèvres Chanel » dira un critique d’art de l’époque.

Adam et Eve Tamara de Lempicka

Adam et Eve Tamara de Lempicka

1928, elle se sépare de son mari qui a de plus en plus de mal à supporter son mode de vie et surtout son caractère narcissique, excentrique et scandaleux. Elle emménage alors dans un spacieux atelier, rue Méchain qu’elle fait décorer par sa sœur Adrienne. L’atelier est très grand, pour lui permettre de réaliser de très grandes toiles comme son fameux « Adam et Eve ». Elle raconte qu’ayant vu son modèle nue croquer une pomme, elle lui dit : « Tu es Eve, ne bouge pas, je vais te trouver un Adam ». Elle descend dans la rue et trouve un gendarme qu’elle persuade de venir poser pour elle. C’est ainsi que naît l’un de ses plus fameux tableaux !

Elle devient la portraitiste attitrée de la jet-set de l’époque : Princes en exil, Princesses, riches industriels, artistes, écrivains (André Gide) chanteurs (Suzy Solidor).

1934, elle épouse l’un de ses riches collectionneurs : le baron Raoul Kuffner

1939, fuyant la « Grande Dépression » le couple s’installe aux Etats-Unis. Là-bas elle applique le marketing qui lui a si bien réussi en France mais elle fait un « flop ». La diva perd son aura. Une page de sa vie se tourne. C’est une rupture totale avec sa vie d’avant et elle adopte même un nouveau style artistique avec des portraits de Vierge, des natures mortes, des paysages de campagne. Cette voie beaucoup plus grave et mystique l’éloignera définitivement du succès.

1980, elle meurt à Cuemavaca au Mexique où selon ses vœux, sa fille Kizette répand ses cendres du haut d’un hélicoptère au dessus du volcan Popocatepelt. Digne lieu de repos pour une femme si ardente qui brûlait de conquérir le monde.

Le musée de Toulouse-Lautrec

dimanche 13 novembre 2011

Je viens de m’offrir un petit week-end à Albi où j’ai eu l’heureuse opportunité de découvrir le magnifique Musée de Toulouse Lautrec.

Abrité dans le Palais de la Berbie, répertorié Monument Historique, il fait partie de la cité épiscopale d’Albi. La cathédrale et le musée en briques rouges représentent un ensemble architectural unique au monde qui vient d’ailleurs d’être classé au Patrimoine Mondial de l’Unesco le 31 Juillet 2010.

C’est donc à quelques pas de la Cathédrale Sainte Cécile, nichée dans les anciens remparts de la ville que j’ai visité cette magnifique bâtisse flanquée de deux tours. Elle abrite la majeure partie de l’oeuvre du peintre (plus de mille œuvres) léguée par sa famille. Elle comporte deux étages de salles superbes où sont présentés la production du peintre et quelques objets personnels lui ayant appartenu, comme par exemple sa canne qui se dévissait pour lui donner accès à une petite fiole d’absinthe !

A l’auditorium, un film d’une demi heure est consacrée à sa vie.

Quand vous arrivez au palais, vous avez le choix de vous rendre directement au Musée en y accédant par une très jolie cour pavée (attention à vos talons aiguilles !) ou de faire un petit tour sur les terrasses et admirer la vue sur les jardins et sur le Tarn.

Un peintre, petit par la taille, grand par le talent

Le caractère atypique du peintre rend la visite passionnante. La présentation bien conçue nous permet de suivre son évolution et d’imaginer le contexte de l’époque et les milieux qu’il fréquentait, car Henri deToulouse-Lautrec malgré son handicap (ou à cause de son handicap) était un joyeux luron.

Il naît à Albi en 1864 dans une famille bourgeoise apparentée aux Comtes de Toulouse. Une malformation osseuse incurable l’empêchera de grandir. Pour oublier son corps difforme, il s’étourdira durant sa courte vie dans les fêtes de la Belle Epoque, à Paris.

Elève brillant à l’école des Beaux-Arts, il suit d’abord le courant impressionniste. Mais il trouve bien vite son style, proche de la caricature. Il tire un parti admirable des effets de l’ombre et de la lumière qui accentue les traits des visages au point d’en faire de véritables caricatures. Pour cela il s’inspire de Degas qu’il admire au plus haut point. Ce que l’autre ne lui rend pas ! Degas qui est un misanthrope taciturne ne peut s’empêcher de le railler cruellement : « Il porte mes habits, mais retaillés à sa mesure… ». Oh, le vilain jaloux…

Les copains de Toulouse-Lautrec s’appellent : Bonnard, Vuillard, Maurice Denis, Paul Sérusier… et le musée nous offre quelques unes de leurs œuvres.

Ses thèmes de prédilection

Chanteuses de cabaret, acteurs, actrices peuplent son univers. Les scènes de cirques l’inspirent. Egalement les maisons closes qu’il traite avec compassion et pudeur. On imagine facilement la complicité et l’affection qui se sont instaurés entre l’artiste au corps difforme et ces femmes au destin éprouvé. Bon nombre de personnages qui ont compté pour lui nous accompagnent dans cette visite :

sa mère, la comtesse Adèle dans les bras de laquelle, il mourra à l’âge de 37 ans seulement.

Son ami d’enfance Maurice Royant à qui sa famille l’a confié pour … l’empêcher de boire.

Suzanne Valadon, peintre et mère d’Utrillo qu’il a aimé à la folie, mais cet amour était à sens unique

La chanteuse « La Goulue » qui lui disait « quand je vois mon cul dans tes tableaux, je le trouve beau ».

Un affichiste célèbre

Parmi les affiches présentés, certaines ont contribué à sa renommée :celle en particulier où l’on voit le chansonnier Aristide Bruant avec son écharpe rouge et celle de « La Goulue » au Bal du Moulin Rouge.

Ses crayonnés aussi sont fascinants. Ils révèlent tout son talent et sa virtuosité. Alors n’hésitez pas à vous offrir cette visite de charme…