Articles taggés avec ‘peintre’

Alain Passard : un artiste peintre cuisinier

samedi 21 avril 2012

Je vous avais parlé voilà quelque temps des célèbres collages du poète Jacques Prévert. Vous connaissez aussi certainement les collages de Matisse ?

Eh bien, maintenant il faut compter avec les collages du célèbre cuisinier triplement étoilé Alain Passard grand amateur de légumes qui a choisi dans son restaurant L’Arpège de hisser la cuisine verte au rang de la grande gastronomie avec un style épuré.

Il possède d’ailleurs ses propres potagers dans la Sarthe et dans l’Eure.

Ses assiettes potagères sont des symphonies de couleurs, de formes et de textures qu’il cherche toujours à améliorer. Il y pense jour et nuit… C’est ainsi qu’une nuit, alors qu’il était à l’étranger (au Japon) et que victime du décalage horaire, il ne pouvait trouver le sommeil, il a commencé à découper et à assembler des compositions papier afin de se souvenir des couleurs de ses futurs plats.

Le lendemain matin, il a montré à ses collaborateurs ses esquisses. Devant leur enthousiasme, il s’est pris au jeu. C’est ainsi qu’est né son dernier ouvrage intitulé « Collages et recettes » où Il réunit harmonie gustative et visuelle.

A travers les 48 recettes proposées nous découvrons l’artiste qui sommeillait en Alain Passard. On découvre son talent dans le maniement des ciseaux, dans les collages, dans la recherche des couleurs. Ces collages très graphiques sont  un régal pour… l’œil !

Ce cuisinier amoureux du geste a utilisé des assemblages de papiers coloriés pour mettre en scène les blancs de poireaux, les citrons jaunes, les navets mauves, l’oseille rouge, qu’il affectionne dans ses recettes. Pour lui, la forme, la couleur et le rythme sont très importants.

Par la suite ces collages destinés à illustrer son dernier livre de recettes ont donné naissance à ce qu’on appelle en terme technique des « cartons ».  Ils ont servi d’interprétation à deux maîtres verriers Anne Ellul et Helder da Silva pour  réaliser des vitraux.

L’application d’émaux a enrichi les vitraux pour restituer la variété de couleurs, de dégradés et de textures en rapport avec le collage initial.

Je vous présente quelques unes de ses œuvres, bon appétit !

:-)

 

 

Tamara De Lempicka, une artiste peintre sulfureuse…

jeudi 17 novembre 2011

Peintre le jour, elle revêt la nuit ses atours de femme fatale… Belle, brillante, audacieuse, elle a fait de sa vie un théâtre. Elle est l’égérie des grands couturiers qui la parent comme une reine. Les modistes les plus renommés lui confectionnent des chapeaux extravagants et les photographes se disputent le privilège de la prendre en photo dans des poses langoureuse, habillée et coiffée comme une diva mystérieuse et fascinante.

Émancipée financièrement, libérée sexuellement (bien qu’elle aimait les femmes, elle s’est mariée deux fois !) elle est la figure emblématique du Paris des années folles.

1898, un 16 mai, naît la petite Tamara Gorska, fille d’un juif russe et d’une mère polonaise. C’est une fillette impétueuse et dominatrice. Son enfance se passe dans un milieu cultivé et aisé entre St Pétersbourg et les grandes villes européennes. Elle s’intéresse très jeune à la peinture et éprouve lors d’un voyage en Italie avec sa grand-mère, une véritable fascination pour les peintres de la Renaissance italienne.

1910, sa mère commande à un peintre célèbre le portrait de sa fille. Tamara endure comme un supplice ces séances de pose. Au final elle est tellement déçue par le résultat qu’elle déclare à ses parents qu’elle peut mieux faire. Elle demande à sa sœur Adrienne de poser pour elle. Le portrait est tellement réussi qu’elle déclare : « je serai artiste peintre… ».

1914, elle s’inscrit à l’Académie des Beaux-Arts de St Pétersbourg.

1916, elle épouse un jeune et séduisant avocat polonais, le Comte Tadeuz Lempicki. La révolution d’octobre les oblige à fuir, d’abord à Copenhague, ensuite à Paris. Son mari est anéanti d’avoir perdu sa situation. Maria décide alors de subvenir aux besoins du ménage en se lançant dans la peinture.

Elle suit une formation à l’Académie de la Grande Chaumière où elle a des professeurs illustres : André Lhotte et Maurice Denis.

Elle exécute les portraits de ses proches, d’abord ceux de sa fille Kizette puis ceux de ses amies. La galerie Colette Weill vend ses premiers tableaux.

1925 marque l’envol de sa carrière ! Elle participe à Paris à l’exposition Art Déco et tient à Milan sa première exposition personnelle à la Galeria Bottega di Poesia. Le succès est immédiat et immense.

Il faut dire qu’elle a su se forger un style éblouissant de formes et de couleurs. Elle traduit à travers son choix de couleurs vives et de compositions spectaculaires, son goût pour la liberté des mœurs. Ses personnages sont une synthèse de l’art maniériste moderne et du post cubisme. Pour la composition et le décor, elle emprunte les magistrales recettes des peintres de la Renaissance italienne.

L’esthétique est au cœur de ses œuvres avec toutes ces beautés au regard sensuel et mystérieux, à la bouche rouge et pulpeuse, aux poses provocatrices à son image.

« Une lumière à la manière d’Ingres, du cubisme à la Fernand Léger, avec du rouge à lèvres Chanel » dira un critique d’art de l’époque.

Adam et Eve Tamara de Lempicka

Adam et Eve Tamara de Lempicka

1928, elle se sépare de son mari qui a de plus en plus de mal à supporter son mode de vie et surtout son caractère narcissique, excentrique et scandaleux. Elle emménage alors dans un spacieux atelier, rue Méchain qu’elle fait décorer par sa sœur Adrienne. L’atelier est très grand, pour lui permettre de réaliser de très grandes toiles comme son fameux « Adam et Eve ». Elle raconte qu’ayant vu son modèle nue croquer une pomme, elle lui dit : « Tu es Eve, ne bouge pas, je vais te trouver un Adam ». Elle descend dans la rue et trouve un gendarme qu’elle persuade de venir poser pour elle. C’est ainsi que naît l’un de ses plus fameux tableaux !

Elle devient la portraitiste attitrée de la jet-set de l’époque : Princes en exil, Princesses, riches industriels, artistes, écrivains (André Gide) chanteurs (Suzy Solidor).

1934, elle épouse l’un de ses riches collectionneurs : le baron Raoul Kuffner

1939, fuyant la « Grande Dépression » le couple s’installe aux Etats-Unis. Là-bas elle applique le marketing qui lui a si bien réussi en France mais elle fait un « flop ». La diva perd son aura. Une page de sa vie se tourne. C’est une rupture totale avec sa vie d’avant et elle adopte même un nouveau style artistique avec des portraits de Vierge, des natures mortes, des paysages de campagne. Cette voie beaucoup plus grave et mystique l’éloignera définitivement du succès.

1980, elle meurt à Cuemavaca au Mexique où selon ses vœux, sa fille Kizette répand ses cendres du haut d’un hélicoptère au dessus du volcan Popocatepelt. Digne lieu de repos pour une femme si ardente qui brûlait de conquérir le monde.

Tu sais moi … la peinture

mercredi 9 novembre 2011
Oh ... moi la peinture ....

Oh ... moi la peinture ....

Souvent mes amis et bien d’autres personnes avec qui je converse sur l’art, me disent « tu sais, moi, je n’y connais rien ». Pareil lorsque je leur demande un avis sur ma peinture ou une œuvre d’un autre artiste.

Depuis quand faut-il être musicien pour apprécier la musique ! Cuisinier pour apprécier de bonnes recettes ! Cinéaste pour apprécier le cinéma ! Couturier pour apprécier la mode !

Peintre pour apprécier la peinture !!

Ma petite nièce qui démarre une année de préparation aux écoles d’art part en Espagne avec sa classe. Je lui demande, puisque sa classe va à Madrid : « Vous allez voir le célèbre tableau de Picasso, Guernica ? ». Elle me répond : « Peut être, mais tu sais moi Picasso, je n’aime pas ; Enfin je dis ça mais je n’y connais rien en peinture » !!!

Comme si elle venait de faire affront à l’Art en émettant cet avis. Comme si face à la célébrité de cette artiste et aux éloges qu’on lui accorde, son appréciation ne valait rien.

Aimer un tableau est affaire de sensibilité. Pas besoin de connaître l’histoire de l’art, ou de maitriser les techniques pour émettre un avis qui sera que subjectif et personnel.

Depuis nombres d’années, les critiques d’art, les galeristes et bons nombres d’artistes se sont accordé ce privilège : celui d’avoir le seul droit et le bon gout pour juger de ce qui est beau ou laid en matière d’art.

Quelle prétention !!

Et le pire c’est que l’on consent par éducation à ce mode de pensée.

Moi je dis, nul besoin d’être cultivé, érudit, féru d’art ou d’être peintre, pour exprimer un avis, et heureusement.

Que chacun dise ce qu’il pense sans honte ni complexe, en toute humilité, avec son cœur et son âme.


Odilon Redon : un peintre mystique

mardi 27 septembre 2011
ODILON REDON

ODILON REDON

En ces temps agités, je vous propose de vous ressourcer avec un peintre mystique. Ses œuvres sont partout : sur les timbres, les affiches… mais je suis sûre que vous ne le connaissez pas !

De son temps, il n’était question que d’impressionnisme, de peinture de grand air et de lumière. Odilon Redon, lui est totalement à contre-courant. Il se démarque en s’intéressant au mystère de la vie et en puisant son inspiration dans les méandres de l’inconscient. Il décortique la pensée et les rêves. Darwin et le mystère des origines du monde, voilà ses références. Ses œuvres pourraient être accrochées en bonne place dans les salles d’attente des psy…

Il est célèbre pour ses noirs( fusains et lithographies) mais aussi paradoxalement pour ses pastels éclatants de couleurs.

Issu d’une famille bourgeoise, il naît à Bordeaux en 1840. C’est un petit garçon réservé, introverti et rêveur. Doué, il fait ses premiers fusains et visite assidûment les musées, dès l’âge de 6 ans. Il se forme très tôt au dessin, à l’eau-forte et à la sculpture. Il étudie l’architecture pour faire plaisir à papa, mais abandonne bien vite cette voie pour ne se consacrer qu’à la peinture.

Pendant vingt ans, à la suite de tragédies personnelles, il … broie du noir !!! Visions et démons teinteront son œuvre en noir. Il dit alors que « Le noir est la couleur la plus essentielle… ». Le noir témoigne de sa quête intellectuelle, mystique, spirituelle. Ce prince des ténèbres fait un usage virtuose du fusain pour faire jaillir des êtres chimériques : crânes volants, hommes-cactus, œil-montgolfière. Choisissez votre vision de l’humour macabre, il y en a pour tous les goûts ! Son tableau intitulé « L’araignée » montre une boule de poils souriante qui fait frissonner, brrrrrrrrr….

« Mon père me disait souvent : vois ces nuages, y discernes-tu, comme moi, des formes changeantes ? Et il me montrait alors, dans le ciel muable, des apparitions d’êtres bizarres, chimériques et merveilleux. » racontait Odilon Redon pour expliquer sa fascination d’un monde onirique.

A cinquante ans, la naissance de son fils Arï le sort de ses cauchemars aussi noirs que ses nuits. Il voit désormais la vie en couleurs. Il passe de l’ombre à la lumière. Il se met à produire des couleurs toutes plus belles les unes que les autres. Ses tableaux empreints de poésie, d’intériorité et d’harmonie sont comme flamboyants. Il fait preuve d’audace picturale. Ses pastels grattés, frottés, détournés de leur technique classique donnent naissance à des portraits lumineux et des bouquets de fleurs somptueux. La couleur s’étale en larges à-plats rehaussés de petites touches irisées aériennes.

Avec Degas, il demeure le maître absolu du pastel.

La première reconnaissance de son talent a lien en 1879 avec la publication de ses lithographies intitulées « Le rêve ».

A partir de 1890, Son travail connaît un grand succès. En 1904, au Salon d’automne, une salle entière lui est consacrée.

Il peint inlassablement jusqu’à sa mort le 6 Juillet 1916 à Paris. Sur son chevalet, une toile intitulée « La Vierge » restera inachevée.

p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal { margin: 0cm 0cm 0.0001pt; font-size: 10pt; font-family: « Times New Roman »; }p.MsoBodyText3, li.MsoBodyText3, div.MsoBodyText3 { margin: 0cm 0cm 0.0001pt; text-align: justify; font-size: 12pt; font-family: « Times New Roman »; font-weight: bold; }span.Corpsdetexte3Car { font-weight: bold; }div.Section1 { page: Section1; }

L’EXPOSITION ODILON REDON …

Odilon Redon, prince du rêve

Montpellier – Musée Fabre

Jusqu’au 16 Octobre 2011

Le fabuleux destin de Séraphine

vendredi 1 juillet 2011
Séraphine

Séraphine

Aujourd’hui, je vais vous raconter le fabuleux destin de Séraphine de Senlis, qui s’appelait en réalité Séraphine Louis et qui est considérée comme l’un des plus grands peintres naïfs du XXème siècle.

Séraphine ? Un sacré tempérament. Une passionnée. Une exaltée. Une folle de peinture qui n’hésitait pas à préparer ses couleurs elle-même comme son célèbre rouge qu’elle élaborait avec du sang de porc et de la cire de cierge.

Un brin prétentieuse, elle signait ses tableaux avant même de les commencer avec un « S » pour Séraphine, suivie de son nom Louis. Elle revendiquait clairement son statut de peintre.

Une femme de ménage visionnaire

Séraphine est née dans un petit village d’Arsy dans l’Oise un 2 Septembre 1864. C’était la fille de gens modestes.

Orpheline à 7 ans, elle apprend le métier de bergère avant d’entrer comme domestique dans un couvent à Senlis au service des Sœurs de la Providence.

Elle s’imprègne pendant plus de 20 ans d’images pieuses, de la lumière des vitraux qui provoque en elle un véritable incendie de couleurs.

Dévorée par l’envie de peindre, cette « impérieuse nécessité intérieure » dont parlait Kandinsky, Séraphine se jette sur ses toiles avec la passion et la pureté d’une autodidacte. Elle ne se pose pas de question. Elle exprime ses « visions », c’est à dire ce qu’elle voit. Elle puise son inspiration artistique dans la vie spirituelle.

Un peu illuminée, habitée par des délires mystiques, elle déclare : « L’ange Saint Michel m’a ordonné de me mettre au dessin et la Vierge Marie m’a demandée d’exécuter quelques toiles ».

Elle projette en peinture les forces psychiques qui envahissent son inconscient. Elle fait ensuite du troc de ses œuvres : quelques planchettes de bois peintes contre de la nourriture ou du matériel de peinture. Peignant la nuit à la lueur des bougies, elle produit une œuvre considérable dans le plus grand isolement. Elle ne connaît rien à la technique hormis la sienne, celle qu’elle s’est forgée.

Quel contraste entre cette petite femme insignifiante au visage ingrat et ses œuvres lumineuses et chatoyantes !

La reconnaissance de son talent

Devenue femme de ménage dans de riches familles bourgeoises de Senlis, son destin va prendre une tournure inattendue quand Wilhem Ulde, l’un de ses employeurs et grand collectionneur allemand d’art naïf découvre ses toiles ! Il est stupéfait par l’intensité, la force d’expression, l’ampleur et la flamboyance de ses tableaux qui représentent essentiellement des motifs végétaux. Ses toiles sont recouvertes de feuilles, de fleurs, de fruits, de plumes qu’elle peint la nuit en chantant des cantiques. Ce sont toutes des œuvres quasi mystiques aux noms évocateurs : L’arbre du Paradis, L’arbre de vie…

Il voit dans ses œuvres le primitivisme moderne c’est à dire la puissance de représenter le monde de l’inconscient libéré de toute contrainte académique ou conventionnelle.

Il achète ses tableaux, organise des expositions et la fait connaître ce qui rapporte à Séraphine une aisance financière.

Le jour où sa vie bascule…

En 1930, un krach boursier dévaste la planète. A cause de la Grande Dépression, Wilhem Ulde cesse d’acheter les tableaux de Séraphine ce qui la perturbe gravement. Peu à peu, elle sombre dans la folie.

Elle sera internée pour psychose chronique le 31 Janvier 1932 et dès lors cessera de peindre.

Elle décèdera dix ans plus tard, le 11 décembre 1942, pauvre, folle et oubliée.

A 78 ans elle rejoint dans la fosse commune le cortège des anonymes, ses compagnons de misère. Elle n’aura trouvé pour exister que la peinture.

Cet article vient s’ajouter à celui déjà écrit ici : cliquer

Exposition permanente :

Musée Maillol

Musée d’art de Senlis

Musée d’art naïf de Nice

Musée d’art moderne de Lille

Musée de Grenoble

Musée d’art moderne de Paris

Un film lui est consacré

Film de Martin Provost qui retrace les épisodes tragiques de sa vie

César du meilleur film français en 2009. Actuellement en DVD

Livres qui lui sont consacrés :

« Séraphine, de la peinture à la folie » par Alain Vircondelet (Albin Michel)

« La vie rêvée de Séraphine » par Françoise Cloarec (Phébus)

« Séraphine de Senlis » par Jean Pierre Foucher (Ed. du Temps)


Louis VALTAT : un peintre sans histoire…

lundi 6 juin 2011
Louis Valtat

Louis Valtat

« Les peintres heureux n’ont pas d’histoire » disait Louis Valtat. C’est peut être pour cela qu’il fait partie des oubliés de l’Histoire de l’Art… Longtemps considéré comme « un petit maître » ou comme « le second violon » de la modernité, il était temps aujourd’hui qu’on rétablisse sa légitimité.

Une importante exposition au Musée de Lodève lui rend hommage en présentant 180 œuvres. Cette manifestation met en évidence le rôle joué par ce peintre dans la naissance du fauvisme. Il est allé de l’avant bien avant les autres (Matisse, Derain, Vlaminck, Van Dongen) et a été affublé de toutes sortes d’épithètes : pré-fauve, proto-fauve ou précurseur des fauves.

L’exposition du Musée de Lodève veut le sortir de son relatif anonymat, le faire connaître au grand public, le réhabiliter, le situer pour lui donner la place qu’il mérite en tant que pionnier du fauvisme…

La cage aux fauves…

Louis Valtat est né à Dieppe en 1869 dans une famille bourgeoise. Son papa est un riche armateur sensible aux arts. Valtat sera un bourgeois heureux, rentier toute sa vie ! Il bénéficiera d’une aisance financière qui le dispensera de la nécessité de vendre sa peinture pour en vivre.

Il fait ses études à Versailles et animé très tôt d’une vocation artistique, il entre aux Beaux-Arts à Paris tout en suivant les cours de l’Académie Julian. Il expose régulièrement à partir de 1889. Il a à peine 20 ans.

Au Salon d’Automne en 1905, il figure parmi les jeunes peintres présents dans la fameuse « cage aux fauves »… Expression dûe au critique Louis Vauxcelles qui se serait exclamé devant un buste d’enfant classique perdu au milieu de toiles audacieuses: « Voici Donatello au pays des fauves ! ».

Les artistes sauvages comme ils s’intitulent eux-même adoptent aussitôt l’expression et se baptisent : les Fauves… Le fauvisme se caractérise par des couleurs pures, des formes simplifiées, des perspectives abolies, des ombres supprimées et l’abandon des modelés.

Louis Valtat retient très tôt (en 1900) l’attention d’un grand marchand d’art : Ambroise Vollard avec qui il signe un contrat. Celui-ci lui achètera une grande partie de sa production. « Patience ! Un jour, on s’apercevra que Valtat est un grand peintre » aurait-il prophétisé.

L’appel du Sud

Ayant contracté la tuberculose, c’est en tant que convalescent que Louis Valtat découvre la lumière intense du Midi en 1895, bien avant que les fauves ne s’y rendent à leur tour.

Natif du Nord il tombe éperdument amoureux du Sud, de ses calanques, des ses pins tourmentés, de ses falaises de porphyre rouge. Les couleurs intenses et lumineuses du Midi vont faire flamber sa palette ! C’est dans sa relation avec cette région solaire que se développe son expression. Cette lumière l’incite à exacerber les contrastes, à saturer les tons. Ses toiles se couvrent de couleurs éclatantes. Ses formes se simplifient.

Il rapporte de ses séjours à Banyuls, Collioure, Agay des paysages éclatants où il laisse libre cours à sa touche en arabesque. Pochades réalisées en plein air ou compositions plus importantes, il peint la côte varoise pendant plus de vingt ans. L’immense majorité de son œuvre est réalisée dans le Midi.

Fou de peinture, il travaille sans répit

Son fils, le docteur Jean Valtat, a édité un catalogue raisonné de ses œuvres peintes (édité par Ides et Calendes). Il a répertorié pas moins de 2908 œuvres originales !

Louis Valtat qui était un artiste fécond et éclectique a été tour à tour :

Créateur de mobilier – Graveur – Illustrateur – Décorateur de Théâtre- Costumier – Céramiste – Sculpteur.

On sait peu de choses de cet homme discret né en 1869 et décédé en 1952, mais quelques témoignages le décrivent comme une personnalité bienveillante et sans histoire. Ses nombreux autoportraits le montrent avec un beau visage paisible orné d’une barbe et d’une moustache. Dans ses bras, il tient tantôt un chat, tantôt un chien. Il est affublé d’une casquette ou d’un canotier. Sa femme Suzanne qu’il a épousée en 1900 a a fait l’objet d’un très beau pastel par Renoir qui était l’un de leurs amis et voisin à Cagnes.

Ses thèmes de prédilection

Scènes d’intérieur, scènes de genre, portraits, paysages, marines, peintre de grand air, Louis Valtat est aussi un peintre de l’intime. Il a souvent peint ses proches. Son fils, Jean, né en 1908 devient son modèle favori ainsi que son épouse Suzanne. Son jardin, comme les fleurs et les fruits qu’il y cultive sont également ses motifs de prédilection.

Dans les années 40, il ne quitte plus guère son domicile parisien, rue Wagram. Il devient pratiquement aveugle à la suite d’un glaucome et il doit cesser de peindre. Ses dernières peintures datent de 1948. Il s’éteint le 2 Janvier 1952.

Exposition temporaire : A ne pas manquer !

Musée de Lodève – Hôtel du Cardinal de Fleury – 34700 Lodève

Du 4 Juin au 16 octobre 2011

Un site lui est consacré

Association des amis de Louis Valtat

http://www.valtat.com/

Un numéro spécial lui est entièrement consacré :

Beaux Arts magazine – Hors Série – disponible en kiosque

GLOSSAIRE

Qu’est-ce qu’un « catalogue raisonné » ?

On appelle « catalogue raisonné » l’inventaire le plus complet possible des œuvres d’un artiste avec les indications de format, de support, la technique utilisée, la date de création, le titre, la localisation (quand elle est connue).

Le terme « raisonné » signifie que l’auteur du catalogue fait l’historique de l’artiste d’une manière … raisonnée, chronologiquement et en suivant son évolution.

Né en France, le terme a gagné le monde entier.

Les catalogues raisonnés sont utilisés par les musées, les historiens d’art, les experts, les galeristes, etc…

Qu’est-ce que le mouvement « Fauvisme » ?

C’est un courant typique du début du XXème siècle qui a fait grand bruit mais qui n’a pas duré très longtemps : il a pris naissance en 1905 lors du Salon où le critique Louis Vauxcelles l’a baptisé ainsi. Il s’est éteint progressivement vers 1910.

Il a été d’une importance capitale car il fut le déclic libérateur qui incita les peintres à se lancer dans des expériences radicalement novatrices. On peut dire qu’il a été une étape charnière.

Ont participé à ce courant « fauve »  : principalement Valtat, Matisse, Gauguin, Derain, Vlaminck, Van Dongen, Rouault…

Le fauvisme se traduit par :

Des aplats de couleurs pures et vives

Une simplification des formes

L’absence de modelés et de clairs-obscurs

Journée de la femme : découvrez la galerie éphémère !

mardi 8 mars 2011
Galerie éphémère

Galerie éphémère

Lucas Cranach : artiste ou chef d’entreprise ?

mercredi 2 mars 2011

De son temps, au XVIème siècle, Lucas Cranach cumulait charges et honneurs. Aujourd’hui il fait encore parler de lui. Outre les multiples expositions qui lui sont consacrées un peu partout dans le monde, le Louvre vient d’ouvrir une souscription publique pour acquérir le tableau intitulé « Les Trois Grâces » représentant trois jeunes femmes fort dénudées. Il manquait au Louvre la bagatelle d’un million d’euros pour arriver au quatre millions demandés par le vendeur.

Eh bien, bingo ! Le Louvre a réuni cette somme à peine un mois après le lancement de son opération. Plus de 5 000 donateurs ont participé. La moyenne des dons s’échelonnait de 1 à 500 euros, avec des participations exceptionnelles allant de 10 000 à 40 000 euros. Quand on aime, on ne compte pas !

L’INVENTEUR DE LA PEINTURE ÉROTIQUE

Cranach

Cranach

A l’heure où Facebook retire la photo du tableau de Courbet intitulée « L’origine du monde » qui montre en gros plan le sexe d’une femme, les expositions à Francfort, Londres, Rome, Bruxelles, Paris, font la part belle aux nus sensuels et troublants de Lucas Cranach. Allez comprendre où se niche la pudeur !

Ses peintures grandeur nature ne cachent rien de l’anatomie des dames. En général il s’agit de très jeunes filles à peine pubères. Elles ont le regard en coin et désignent leur sexe en pointant un doigt, ou un poignard ou une branche d’arbre. Elles se drapent volontiers de voiles de pure transparence, de bijoux opulents et de chapeaux posés d’une manière coquine sur le côté. Ces éléments témoignent d’une façon significative de l’intention érotique de l’artiste.

En règle générale, la peau très pâle de ses modèles se détache sur un fond sombre. Le contraste visuel rend les jeunes femmes encore plus désirables.

LUCAS CRANACH SUPER STAR

Ah ! La magie du petit écran … Je me demande ce que ce cher Lucas aurait pensé en voyant l’une de ses toiles au générique de la série culte américaine « Desperate Housewives » où l’on peut admirer son « Adam et Eve ».

Je crois qu’il aurait beaucoup aimé car il était très opportuniste. Il est né le 4 octobre 1472 en Allemagne du sud. Le seul auto-portrait que nous ayons de lui, le représente à l’âge de 60 ans avec un visage large et barbu, des traits sévères et un regard incisif et déterminé.

Son parcours aura été remarquable. Peintre et graveur de talent, il a su tout de suite se faire remarquer et il a pu rapidement acquérir la charge enviée d’artiste de cour. C’était un notable riche et influent qui alla jusqu’à fonder une imprimerie pour éditer les écrits de son meilleur ami : le sévère Martin Luther, artisan de la Réforme.

UN HOMME D’AFFAIRES AVISÉ

Comme les commandes de tableaux affluaient, il ne pouvait y faire face tout seul. Il employa donc ses deux fils : Hans et Lucas-le-jeune ainsi qu’une dizaine de peintres. L’énorme succès que son atelier rencontrait l’incita à décliner ses tableaux sous des formes variées. Il mit au point des standards interchangeables de mains, pieds, attitudes, etc… consignés dans des catalogues qui lui permettaient une production quasi industrielle !

On a recensé pas moins de 39 Vénus, 35 Lucrèce, 35 Eve 19 Judith et 12 Aphrodite sorties de son atelier.

Son style est reconnaissable entre tous : la taille de ses dames est souple, le corps longiligne, les seins menus, le visage en cœur, les yeux en amande et le teint laiteux. C’était un canon de nus qu’il avait mis au point au fil des ans pour être facilement reproductible.

UNE SIGNATURE TRÈS … PERSONNELLE

Le roi Frédéric III de Saxe lui avait accordé des armoiries dont l’animal héraldique lui servira de signature. Il s’agissait d’un serpent aux ailes déployées. Après la mort de son fils aîné en 1537 à l’âge de 23 ans, sa signature en portera le deuil… Désormais, le serpent aura ses ailes abaissées.

MIEUX LE CONNAITRE

Exposition au Musée du Luxembourg à Paris

« Lucas Cranach et son temps » du 9 Février 2011 au 23 Mai 2011

Son père lui disait : « Tu verras où ça te mènera, de faire des taches et des gribouillages ! »

vendredi 4 février 2011

Le petit Hans HARTUNG qui remplissait les marges de ses cahiers d’écolier de taches et de gribouillages est devenu l’un des peintres les plus importants du XXème siècle. Il est né en Allemagne en 1904 et il est mort en 1989 à Antibes (entre-temps il a été naturalisé français). On dit qu’il est le fondateur de la peinture gestuelle abstraite en Europe.

COMMENT LUI EST VENUE SA PASSION ?

« Lorsque j’avais entre 8 et 12 ans, j’étais passionné d’astronomie. Je cherchais à dessiner des éclairs » expliquait-il.

Les taches d’encre et les zébrures qui sont devenues si célèbres et qui constituent son style unique ont donc été inspirées par les orages de son enfance et plus particulièrement par les éclairs.

Ces éléments naturels fulgurants lui ont forgé le goût pour le dessin rapidement esquissé.

« J’attrapais au vol les éclairs dès qu’ils apparaissaient. Il fallait que j’aie achevé de tracer leurs zigzags sur la page avant que n’éclate le tonnerre ».

UN STYLE GESTUEL CARACTERISTIQUE

Et facilement identifiable… Toute son œuvre est porteuse d’un rythme, d’une intensité, et d’une expression bien particulière.

C’est la musique de Bach, Haendel, Purcell qui scande son geste. Il privilégie une touche fluide et rapide.

Sa teinte majeure : le noir est agrémenté de grattages et d’incisions aux couleurs acides.

Il utilise une gamme chromatique réduite aux contrastes prononcés.

Son œuvre est immense. Il a voulu tout explorer : dessin, aquarelle, pastel, peinture à l’huile et à l’acrylique, gravure, lithographie.

UN PRECURSEUR

Bien avant le peintre POLLOCK qui baladait sur une toile un seau de peinture percé, HARTUNG « se bricole » ses propres outils ! Son imagination n’avait pas de limite. Jugez plutôt.

Il utilisera tour à tour :

Des pinceaux démultipliés

Des branches d’arbres, des balais, des plumeaux de ménagère, des râteaux des pinceaux démultipliés collés sur un seul manche, pour obtenir les stries qui sont des formes récurrentes dans son œuvre.

Des rouleaux à lithographie, des taloches d’empreintes de maçon pour de beaux aplats.

Des sulfateuses à vigne, des pulvérisateurs agricoles, des pistolets à air comprimé pour adoucir la géométrie parfois sévère de ses tableaux et pour travailler ses surfaces en transparence et en superposition.

UN TRAVAILLEUR INFATIGABLE

« Le plaisir de vivre se confond en moi avec le plaisir de peindre » avait-il coutume de dire. Et de ce fait, au cours des 3 dernières années de sa vie, et malgré un accident vasculaire cérébral qui l’avait laissé diminué, Hans HARTUNG a peint dans son atelier d’Antibes plus de 650 toiles !

Il a toujours gardé le contrôle de sa production en appliquant un système de référence qu’il avait mis au point de la façon suivante :

une lettre pour la technique employée

l’année

un code

Son travail de réflexion et de création était également consigné dans des carnets d’étude où il expliquait ses choix.

MIEUX LE CONNAITRE

Exposition à la BNF à Paris

du 12 octobre 2010 au 16 janvier 2011

Exposition au Musée Régional d’Art Contemporain à Serignan

Du 7 novembre 2010 au 6 mars 2011

Fondation Hans Hartung à Antibes (ouvert toute l’année)

HENRI GUERIN – LUMIERES D’ETE

vendredi 25 septembre 2009

Une exposition hommage pour les 80 ans de l’artiste a eu lieu au Sénat au mois d’Août.
Elle a connu une affluence considérable.
Un visiteur américain de passage à Paris est revenu plusieurs jours d’affilée !
Henri Guérin, a voué sa vie à la lumière par le verre.
Plus exactement : à la technique du vitrail en dalle de verre, bien différente du vitrail traditionnel.
Henri Guérin est un dessinateur et un peintre hors pair.
Il dessine au trait « Plus on en fait, plus ça vient…! » dit ce travailleur infatigable.
Dans sa jeunesse il a été dessinateur pour La Dépêche du Midi.
Il a illustré des récits de voyage, des reportages et des chroniques judiciaires !
C’est dire s’il fallait travailler vite et avoir le geste sûr.
Encore aujourd’hui, après sa longue journée d’atelier près de Toulouse,
quand le soir descend,  il s’assoit enfin et il dessine ou il peint à la gouache.
« Je travaille en peintre, un peintre qui travaille avec du verre… » affirme-t-il. Ses vitraux illuminent plus de cinq cents architectures : églises, cathédrales, édifices publics, demeures privées, tant en France qu’à l’étranger.
« Je ne me sens pas propriétaire de mon oeuvre. D’ailleurs elle est partout », affirme-t-il avec beaucoup de sagesse et de sérénité.
Pour suivre son actualité :
http://www.henri-guerin.com
Ouvrage de référence :
« Henri Guérin – L’œuvre vitrail » par Sophie Guérin Gasc, éditions Privat.

Je vous invite à admirer ses œuvres et à me laisser vos commentaires