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Fabienne Verdier, la peintre du « non vouloir »

jeudi 27 octobre 2011

Aujourd’hui amis lecteurs, je voudrais vous faire partager le billet de Roy. A lire, à savourer et évidemment un blog à découvrir :

Le blog de Roy Pallas

Je me présente je m’appelle Roy Pallas, je suis l’auteur d’un blog sur le dessin. Je donne des conseils techniques et des éléments de réflexion dans ce domaine. Pendant mes années d’études en art j’ai eu la chance d’avoir quelques cours de peintures (plus théoriques que pratiques).

J’ai choisi de parler de Fabienne Verdier pour plusieurs raisons : c’est une peintre que j’estime, dont je trouve le travail très poétique et subtile, ensuite parce que relativement peu de gens connaissent son existence, et son apprentissage est un véritable exemple de bravoure. Je voulais vous faire partager son histoire.

Pour entretenir mes connaissances, j’ai suivi avec intérêt les articles de votre rédactrice habituelle. Voyant que je pouvais apporter quelques informations pour enrichir son blog, j’ai proposé à Elisa de rédiger un article sur un artiste que je connais.

Fabienne Verdier

Fabienne Verdier

Fabienne Verdier a passé son enfance dans la ferme de sa famille près des Pyrénées. Elle y a appris le travail dans les vignes et ce qui relève du jardinage. Elle a fait ses études aux Beaux-Arts de Toulouse deux années durant avant d’avoir son diplôme avec brio.

Elle a été déçue de son apprentissage dans l’école puisque aucune technique n’était apprise aux élèves. Le principal reproche que Fabienne fait à cet enseignement est que les professeurs poussent les étudiants à l’expression alors qu’aucun moyen de le faire ne leur est transmis.

Les ateliers de dessin de modèle vivant étaient les cours les plus intéressants pour elle mais le crayon (trop sec) ne lui convenait pas et c’est donc vers le pinceau qu’elle s’est tournée. Ce dernier est plus apte selon elle, à retranscrire le mouvement de la vie. C’est ainsi que son intérêt pour la calligraphie est née, elle s’est enrichie de plusieurs ouvrages sur le sujet parmi eux le livre de François Cheng, Vide et plein, qu’elle a particulièrement apprécié.

C’est pour combler la lacune technique de l’apprentissage des Beaux-Arts et pour approfondir sa technique au pinceau, que Fabienne décide de partir pour la Chine. Refusant en même temps une bourse qui lui a été accordée pour la poursuite d’études en art dans un autre établissement français.

La jeune artiste s’inscrit au Beaux-Arts de Sichuan où elle résidera à partir de 1983 et y restera jusque dans les années 90. La vie est rude pour l’étrangère (ne parlant pas le dialecte du pays qui plus est) qui connait beaucoup de difficultés à être acceptée notamment dans sa nouvelle classe.

Les obstacles ne l’empêchent pas d’aller de l’avant, son objectif d’apprendre le plus possible sur l’art du pinceau ne quitte pas ses pensées. Elle suit donc un atelier en plus des cours donnés aux Beaux-Arts où elle apprend notamment l’art du marouflage.

Elle a ensuite pu croiser la route d’un maitre calligraphe clandestin habitant sa région, dont elle a appris l’existence par une de ses connaissances. Maitre Huang Yuan se montra très réticent à transmettre son art du pinceau, les origines occidentales de Fabienne n’ont également pas joué en sa faveur. Mais c’est avec patience que la française traça des poèmes chinois avec son pinceau, et déposa les feuilles devant le logement de maitre Huang Yuan tous les jours pendant des semaines.

Après plusieurs mois sans réponses, ce dernier accepta qu’elle devienne son élève. Son enseignement était axé dans un premier temps sur l’oubli de tout ce qu’elle connaissait et elle devait s’engager à s’entraîner 10 ans. Les exercices étaient mécaniques et rudes, Fabienne passa plusieurs mois à apprendre la base du tracé. Comment tenir un pinceau, comment le mouvoir, comment reproduire, comment voir les nuances, et enfin comment y mettre de sa personnalité.

Fabienne VERDIER

Fabienne VERDIER

Elle est aujourd’hui une artiste reconnue pour ses créations mélangeant réflexion plastique et spiritualité. Elle travaille dans un atelier près de Toulouse où elle crée ses peintures à l’aide d’un gigantesque pinceau de plus de 60kg suspendu au plafond.

Son lieu de travail reste caché de tous afin que l’artiste puisse se consacrer à son art et se préserver des tensions liées à notre époque. « Je tiens à rester cachée pour préserver mon intégrité ». C’est ainsi qu’elle continue de se construire en tant qu’artiste et affirme donc que depuis son périple de 10 ans en Chine, « rien n’a changé ».

Avant chaque peinture elle a l’habitude de méditer pour arriver à un état « d’être sans vouloir », afin d’équilibrer la tension et la détente pour créer. C’est de cette manière qu’elle peut transmettre une énergie à ses œuvres, à poser ses traits avec une sorte de geste instantané et retenu à la fois.

Le collectionneur Hubert Looser rendit un jour visite à Fabienne dans son atelier et lui exposa les réflexions de grands maitres américains de la peinture abstraite. La peintre calligraphe s’est découvert une parenté avec ce mouvement. « La proposition si généreuse de Hubert Looser, de créer des œuvres en résonnance avec ces maîtres m’a révélé leurs univers tout en m’aidant à mieux définir la spécificité de mon abstraction ».

Son œuvre s’inscrit donc dans la lignée des réflexions des grands peintres abstraits américains tels que Kline, Tobey, Pollock ou de Kooning, selon les informations de sa galerie (galerie Jaeger Bucher à Paris).

Pour finir cet article, voici les liens de son site personnel et de sa galerie. Il existe également un film de Philippe Chancel appelé « Flux » consacré à Fabienne Verdier, on peut y voir l’artiste en pleine création. C’est assez surprenant !

http://www.fabienneverdier.com/index-FR.html#sr61

http://www.galeriejaegerbucher.com/index.php

VERDIER Fabienne, texte de Charles Juliet, Entre ciel et terre, Paris,Albin Michel, 2007

VERDIER Fabienne, L’unique trait de pinceau, Paris,Albin Michel, 2001

VERDIER Fabienne, Passagère du silence, Paris,Albin Michel, 2003

JULIET Charles et VERDIER Fabienne, Entretien avec Fabienne Verdier, Paris,Albin Michel, 2007


Son père lui disait : « Tu verras où ça te mènera, de faire des taches et des gribouillages ! »

vendredi 4 février 2011

Le petit Hans HARTUNG qui remplissait les marges de ses cahiers d’écolier de taches et de gribouillages est devenu l’un des peintres les plus importants du XXème siècle. Il est né en Allemagne en 1904 et il est mort en 1989 à Antibes (entre-temps il a été naturalisé français). On dit qu’il est le fondateur de la peinture gestuelle abstraite en Europe.

COMMENT LUI EST VENUE SA PASSION ?

« Lorsque j’avais entre 8 et 12 ans, j’étais passionné d’astronomie. Je cherchais à dessiner des éclairs » expliquait-il.

Les taches d’encre et les zébrures qui sont devenues si célèbres et qui constituent son style unique ont donc été inspirées par les orages de son enfance et plus particulièrement par les éclairs.

Ces éléments naturels fulgurants lui ont forgé le goût pour le dessin rapidement esquissé.

« J’attrapais au vol les éclairs dès qu’ils apparaissaient. Il fallait que j’aie achevé de tracer leurs zigzags sur la page avant que n’éclate le tonnerre ».

UN STYLE GESTUEL CARACTERISTIQUE

Et facilement identifiable… Toute son œuvre est porteuse d’un rythme, d’une intensité, et d’une expression bien particulière.

C’est la musique de Bach, Haendel, Purcell qui scande son geste. Il privilégie une touche fluide et rapide.

Sa teinte majeure : le noir est agrémenté de grattages et d’incisions aux couleurs acides.

Il utilise une gamme chromatique réduite aux contrastes prononcés.

Son œuvre est immense. Il a voulu tout explorer : dessin, aquarelle, pastel, peinture à l’huile et à l’acrylique, gravure, lithographie.

UN PRECURSEUR

Bien avant le peintre POLLOCK qui baladait sur une toile un seau de peinture percé, HARTUNG « se bricole » ses propres outils ! Son imagination n’avait pas de limite. Jugez plutôt.

Il utilisera tour à tour :

Des pinceaux démultipliés

Des branches d’arbres, des balais, des plumeaux de ménagère, des râteaux des pinceaux démultipliés collés sur un seul manche, pour obtenir les stries qui sont des formes récurrentes dans son œuvre.

Des rouleaux à lithographie, des taloches d’empreintes de maçon pour de beaux aplats.

Des sulfateuses à vigne, des pulvérisateurs agricoles, des pistolets à air comprimé pour adoucir la géométrie parfois sévère de ses tableaux et pour travailler ses surfaces en transparence et en superposition.

UN TRAVAILLEUR INFATIGABLE

« Le plaisir de vivre se confond en moi avec le plaisir de peindre » avait-il coutume de dire. Et de ce fait, au cours des 3 dernières années de sa vie, et malgré un accident vasculaire cérébral qui l’avait laissé diminué, Hans HARTUNG a peint dans son atelier d’Antibes plus de 650 toiles !

Il a toujours gardé le contrôle de sa production en appliquant un système de référence qu’il avait mis au point de la façon suivante :

une lettre pour la technique employée

l’année

un code

Son travail de réflexion et de création était également consigné dans des carnets d’étude où il expliquait ses choix.

MIEUX LE CONNAITRE

Exposition à la BNF à Paris

du 12 octobre 2010 au 16 janvier 2011

Exposition au Musée Régional d’Art Contemporain à Serignan

Du 7 novembre 2010 au 6 mars 2011

Fondation Hans Hartung à Antibes (ouvert toute l’année)